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La vie sauve, Jonathan Lamy

D’une intensité et d’une beauté sans faille, ce recueil traduit l’angoisse de vivre et la surprise d’y survivre, mot après mot. La finesse de sa voix permet un questionnement qui va droit à l’essentiel : « Dis-moi / il y a combien / de façons de se suicider / comment fait-on déjà / pour ne pas être mort » ? Cahier de la survivance, pénétration au coeur d’un mal ontologique que les mots creusent au scalpel. « J’ai le vertige / parce que je porte en moi / l’envie de me lancer dans le vide », dit-il encore. Même l’amour qui le mène vers celle qu’il désire ne suffit pas à contenir cette part sombre de lui-même : « C’est toujours ainsi / que je me présente à toi // mille et une miettes / déguisées en être humain. » L’effroi singulier qu’on en ressent rejoint pourtant une fragilité que nous portons tous, plus ou moins, dans l’inquiétude d’être adéquat. Puisque « la violence d’être au monde / est inépuisable », ne nous reste alors qu’à regarder de plein fouet notre vulnérabilité. Pour avoir la vie sauve, comme le suggère le titre, il lui faut écrire au plus vif, alors que le dernier aveu est d’une grande beauté : « j’aurais souhaité / ce livre plus généreux / pour bercer toutes les tristesses ». Or, il l’est suffisamment, n’en doutons pas.


La vie sauve

Jonathan Lamy, Le Noroît, Montréal, 2016, 96 pages