Ce qui fait battre le coeur d’Anne Martine Parent

Ce premier recueil d’Anne Martine Parent chancelle. Dès le départ, soyons francs : c’est une mauvaise entrée en poésie. Il y a dans Je ne suis pas celle que vous croyez un petit rien de complaisance minimaliste qui réduit la portée de quelques rares textes. En clair, un manque de rigueur a empêché un élagage qui aurait été nécessaire. Retenons ces deux poèmes consécutifs (que je cite in extenso) qui ont, espérons-le, une valeur profondément sentimentale pour l’auteure : « Chevreuil / (dis-tu) // chevreuil », « (tu es invisible) ». Oui, enfin…

D’abyssales questions plombent aussi le propos : « Comment écrire l’histoire / de ce qui n’a pas lieu / de ce qui chaque fois / avorte » (le couac sur le son «K», que vous entendrez si vous lisez à haute voix, est ici sans doute volontaire…)

Pourtant, quand l’auteure s’attarde à nous parler avec nostalgie de l’enfance perdue, une petite musique s’installe : « Plus rien ne compte / que la neige et / le soleil / tu joues avec Frédérique / à traverser la Sibérie / tu as six ans / toute une vie à inventer. » Même là, c’est mince. C’est qu’on réfléchit beaucoup, là, après coup, avec une lourdeur vaguement adolescente. Quand on a si peu à dire, quand de plus notre propos ne réinvente rien, il vaut mieux être discret sur la philosophie. « Tu devines derrière les murs / impassibles / le bruissement furtif / de ton existence », confie-t-elle. Le lecteur ne peut s’empêcher de se demander ce que sont réellement des « murs impassibles ». Il se met à craindre qu’ils eussent pu être « agités ». En fait, on ne s’étonne de rien quand on découvre que « l’ourlet caresse l’abîme ».

Refaire, redire un paysage

Si une auteure vit près du lac Saint-Jean, on s’imagine qu’elle saura bien nous le donner à voir autrement. Hélas ! C’est trop demander : « La neige étouffe le contour des choses / le silence se pose sur le paysage // clarté diffuse / et tout ce blanc. » Le cliché est si énorme qu’on se dit que quelque chose doit nous échapper.

Quelqu’un est parti, le mal à l’âme s’instaure, et l’auteure de nous avouer : « Je ne sais pas comment dire / ton absence. » Le roman-savon n’est pas loin. Il ne lui reste qu’à « hurler / se défaire / jusqu’au fond de l’inarticulé » pour « disperser les souvenirs. » Un peu désespéré par tant de mièvreries, faisons tout de même l’effort d’écouter ses confidences jusqu’au bout : « Pour te trouver j’invente / une nouvelle géométrie / capable de tracer / le delta de nos souffles / et d’aligner nos vies / dans l’angle de notre amour. » Il ne manque qu’un peu d’orgue et des violons.

Je ne suis pas celle que vous croyez

Anne Martine Parent, La Peuplade, Chicoutimi, 2015, 86 pages

1 commentaire
  • Claude Paradis - Abonné 5 mars 2016 10 h 02

    Aveu: cette critique me désole

    Je ne comprends pas qu'un critique littéraire et poète de la trempe d'Hugues Corriveau s'autorise de démolir à ce point une auteure qui commence, dont l'écriture est encore incertaine. Il me semble qu'il aurait été préférable de passer son tour, de ne pas parler du premier livre d'une jeune poète si ce livre déçoit à ce point le critique et lecteur Corriveau. Je ne remets pas en question ici son jugement d'une œuvre que je n'ai pas encore lue. C'est l'éthique même du critique que je remets en question. Si le livre avait été écrit par un auteur établi, reconnu largement du public et de l'intelligentsia littéraires, le critique aurait témoigné une telle hargne que l'aurais trouvé audacieux et pertinent. Mais justement je me demande si le critique aurait eu le courage d'une telle hargne envers un auteur de renom. Non, je ne comprends pas cette méchanceté devant une jeune auteure. Cela me désole.