L'Histoire de Pi au deuxième rang des ventes de romans en France

Paris — La sortie en France de L'Histoire de Pi était annoncée comme un des événement littéraires de ce début d'année. Mais on se demandait, devant la relative indifférence de la presse parisienne, si les lecteurs français n'allaient pas passer à côté du roman du Québécois Yann Martel. Apparemment, il n'en est rien.

Trois semaines après sa parution, le Booker Prize 2003, traduit par les parents de l'auteur, vient en effet de faire son entrée dans la liste des meilleures ventes de livres. Piscine Molitor Patel, ou «Pi», et son tigre Richard Parker sont allés se loger directement à la troisième place du Palmarès Pro. Ils ne sont devancés que par L'Autre, un roman à clefs du journaliste Éric Zemmour sur la présidence de la République française, et par le témoignage d'un ancien enquêteur de police sur la sordide affaire judiciaire Allègre, en France. Dans la catégorie fiction, Yann Martel se retrouve donc au deuxième rang.

Liste de référence, le Palmarès Pro est dressé à partir des données recueillies directement à la caisse de 700 points de vente, comparativement à 150 pour la liste de 20 titres publiée chaque semaine dans le magazine L'Express, sur laquelle Yann Martel ne figure pas encore.

Les deux palmarès sont réalisés par la même maison (Tite-Live), mais la méthode diffère. Tous deux recensent les ventes effectuées en librairies et dans les grandes surfaces spécialisées dans les «loisirs culturels», comme Virgin ou la Fnac. Mais le Palmarès Pro tient compte, en plus, des achats réalisés dans le secteur de la grande distribution, qui pèse de plus en plus lourd dans les circuits de diffusion.

«Ce sont deux portraits différents, explique un spécialiste. Mais on peut dire que le Palmarès Pro reflète mieux, globalement, la réalité du marché.»

Faut-il en déduire que Yann Martel recrute une bonne partie de ses lecteurs dans les hypermarchés plutôt que dans les librairies de la Rive gauche de Paris? C'est possible, d'autant que son premier et plus ardent défenseur a été l'écrivain à succès Frédéric Beigbeder, qui tient une chronique non pas dans La Quinzaine littéraire ou Le Monde des livres, mais dans le magazine à potins Voici.

«Mettez-vous Martel en tête», avait écrit l'auteur du bouquin 99 francs et de Windows on the World quelques jours avant la sortie du livre en librairie. «Mon exemplaire est tout abîmé et usé parce que je l'ai très souvent refermé en souriant et trituré lentement pour le savourer comme une friandise», avait ajouté Beigbeder, en prédisant que L'Histoire de Pi allait «évidemment faire un malheur en France».

Si le quotidien Le Figaro a parlé quelques jours plus tard dans un long article d'un «roman étonnant» et d'une «histoire belle, drôle et touchante» (tout en insistant lourdement sur l'affaire du plagiat), le reste de la presse a fait preuve d'un enthousiasme plus mesuré.

L'Express a ainsi estimé, dans une brève critique, que L'Histoire de Pi avait «du groin, de la griffe, de la crinière et des tiques», mais qu'un «bon coup de peigne et de ciseaux» ne lui aurait pas fait de mal.

«Pour qui aime les fables philosophico-religioso-métaphysiques et cherche dans un roman une élucidation du sens de la vie, le livre de Yann Martel se lit sans déplaisir. On n'est pas pour autant chez Defoe ni chez Swift», a ajouté son confrère Le Point, répondant ainsi à la romancière Margaret Atwood, qui l'avait comparé à Robinson Crusoé et Gulliver.

Le roman a les «lourds défaut du genre», a signalé de son côté le journal satirique Le Canard enchaîné, tout en soulignant qu'il offrait les «bonheurs inattendus du roman de marin, avec animaux et île surprenante».

L'Histoire de Pi est un best-seller international. La presse française avance généralement le chiffre de deux millions d'exemplaires vendus à travers dans le monde.