La lecture en ordonnance

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On peut lire toute, toute sa vie. Et le docteur David Lussier, directeur scientifique du centre de la promotion de la santé AvantÂge de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, n’hésiterait même pas à proposer la lecture en ordonnance.

Car chez un individu en santé, ne viendront avec le temps que des entraves physiques légères à la lecture, surmontables avec un brin d’imagination… ou par un accès à une collection de livres en gros caractères. « Le principal obstacle est la perte de vision, la difficulté à lire de petits caractères, précise le docteur. Parfois, en vieillissant, les gens ont de la difficulté à tenir le livre, surtout s’il est gros. » Les liseuses, légères et qui permettent de grossir les lettres, se révèlent un outil efficace pour la lecture chez les aînés.

Du côté cognitif, une diminution de la mémoire à court terme « surtout pour les choses banales et sans importance » et une diminution de la concentration obligeront peut-être les lecteurs à remonter de quelques pages pour retrouver le fil de l’histoire, ou se rappeler les liens qui unissent les nombreux personnages de certains récits. Mais plusieurs lecteurs boulimiques — et quelques critiques littéraires — souffrent aussi de cette bien légère maladie…

Et la faim de la découverte ? L’aptitude à découvrir — ou à aimer découvrir — de nouveaux auteurs, de nouveaux styles, des imaginaires et des façons de les dire différentes ? La curiosité n’est pas touchée par le vieillissement. « Mais ça dépend de la personnalité de l’individu, continue le spécialiste en gériatrie. La personne qui n’a jamais souhaité découvrir de nouveaux univers ne le sera pas plus en vieillissant. Pour les curieux, ça persiste, toute la vie. » Et « rester actifs intellectuellement, culturellement, scientifiquement, c’est excellent. Il faut utiliser les fonctions cognitives pour les garder plus longtemps — en anglais, ils disent use it or lose it. » Le danger tient dans l’isolement, dont souffre une certaine partie de la population vieillissante. « C’est la pire chose. Si on se restreint, qu’on restreint notre univers, on perd en stimulations », et conséquemment, le risque de perdre des fonctions cognitives augmente.

Le docteur Lussier voit donc d’un très bon oeil les initiatives de bibliothèques ou librairies en résidences, car « vraiment, c’est excellent » pour assurer un heureux vieillissement.