Margaret Forster n’est plus

Son roman Georgy Girl, sur les tribulations d’une jeune Londonienne naïve, la fit connaître en 1965 avant de devenir un succès international au cinéma. Sa biographie de la romancière Daphné Du Maurier fait autorité depuis sa parution en 1993. Décédée le 8 février des suites d’un cancer à l’âge de 77 ans, Margaret Forster est l’auteure d’une quarantaine de romans et de biographies primés.

Née en 1938 à Carlisle dans le Nord-Ouest de l’Angleterre, Margaret Forster grandit dans un milieu ouvrier. Brillante élève, elle quitta le collège pour jeunes filles du comté en 1956 armée d’une bourse d’excellence et entreprit des études en histoire au Somerville College d’Oxford. Son diplôme en poche, elle enseigna brièvement. À partir de 1963, elle fut pigiste pour différents journaux et périodiques, collaborant en outre avec la radio et la télévision de la BBC.

En 1964, Dame’s Delight (Johathan Cape), son premier roman, passa inaperçu, à l’instar de son second, The Boogeyman (Secker Warburg), en 1965. La même année toutefois, on s’arracha son troisième, Georgy Girl (Secker Warburg), traduit dans plusieurs langues. Une adaptation cinématographique en 1966, dont elle cosigna le scénario, lança la carrière des actrices Lynn Redgrave et Charlotte Rampling, en plus de remporter trois Golden Globes et de se mériter quatre nominations aux Oscars.

 

Femmes inventées

En dépit de son succès critique et populaire, Margaret Forster reste peu connue chez nous. Une situation qui s’explique du fait que peu de ses ouvrages ont été traduits en français.

C’est dommage, car cette auteure s’est consacrée, sa carrière durant, à examiner la condition féminine à la lumière des différents bouleversements sociopolitiques survenus au cours du XXe siècle, souvent à travers des récits intimistes non dénués d’humour. Elle est à la tête d’une oeuvre extrêmement cohérente.

Le Guardian l’a souvent plébiscitée, écrivant en 2003 au sujet de Diary of an Ordinary Wife (Chatto Windus), ingénieux « faux journal intime » d’une quasi centenaire : « Margaret Forster donne une voix aux femmes du XXe siècle. »

Parmi les rares titres offerts en français, on signalera Penelope et ses filles (De Fallois, 2001), qui recourt lui aussi au journal intime fictif en le dédoublant alors qu’une adolescente revêche commente les écrits personnels de sa mère après les avoir subtilisés, et La boîte aux souvenirs (LGF, 2002), qui conte comment une jeune femme découvre que sa défunte mère était autrement plus complexe que le portrait que lui en ont fait ses proches.

Femmes racontées

On l’a évoqué, sa biographie de Daphné Du Maurier a fait école. Forte de recherches exhaustives, Margaret Forster fut la première à mettre au jour la bisexualité de l’auteure de Rebecca et sa liaison tumultueuse avec l’actrice Gertrude Lawrence (voir le téléfilm Daphne).

Publié en 1984, Significant Sisters : the Grassroots of Active Feminism 1839–1939 (Secker Warburg) offre de son côté des portraits fouillés des pionnières du féminisme Caroline Norton, Elizabeth Blackwell, Florence Nightingale, Emily Davies, Josephine Butler, Elizabeth Cady Stanton, Margaret Sanger et Emma Goldman, et compte parmi ses titres les plus importants.

Elle-même une féministe et une socialiste, Margaret Forster abhorrait les nouvelles technologies et écrivait tous ses manuscrits à la main. Elle était mariée depuis 1960 à Hunter Davies, seul biographe autorisé des Beatles.