Éloge de la mangrove, Robert Berrouët-Oriol

Parleur, « délireur » de mots, « traverseur » de paysages, Robert Berrouët-Oriol tient encore sa langue à bout d’effets et d’affects, plein qu’il est d’une passion inassouvie pour Haïti, et pour une poésie généreuse et somptuaire. Il se veut « tailleur de mots / sur la matrice épierrée des idiomes ». Après ses Six picolos pour une mangrove en vers libres, le poète propose ses grandes proses de son Éloge de la mangrove dans lesquelles s’éploie une sensualité linguistique proche d’un érotisme tremblé de la langue natale. Il « plie déplie replie folles oraisons à défaufiler surplis élimés d’insanes et bacchantes messes dans la matrice dévêtue des mots ». On se dit que plus de retenue, parfois, ouvrirait plus simplement cet emportement des sentiments ; on se dit, a contrario, que, se retenant, le poète perdrait sans aucun doute ce souffle intérieur qui regorge de cette pathétique ambition d’accéder au plus haut lieu d’une langue admirée. Ce recueil clôt le triptyque amorcé par Poème du Décours (Triptyque, 2010) et Découdre le désastre (Triptyque, 2013). Ce troisième volet poursuit cette quête de textes confits de « leurs ondulations sous trémulements ébahis entre hautes et basses fréquences où s’accordent toutes bacchanales des formes et du Sens ».

Éloge de la mangrove

Robert Berrouët-Oriol, Triptyque, Montréal, 2016, 69 pages

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