Le monde de la bulle change de couleurs

La 43e édition du Festival de la bande dessinée d’Angoulême commencera vendredi.
Photo: Georges Gobet Agence France-Presse La 43e édition du Festival de la bande dessinée d’Angoulême commencera vendredi.

Il y a des traditions qui ne résistent pas à la modernité. À preuve : la bande dessinée est de plus en plus une histoire de femmes, révèlent les résultats d’une vaste enquête menée auprès des bédéistes de la francophonie par Les états généraux de la bande dessinée. L’univers du phylactère se rajeunit et se précarise également, peut-on lire dans ce rapport dont Le Devoir a eu les grandes lignes avant son dévoilement vendredi matin dans le cadre du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, qui prend son envol jeudi en France.

Au terme d’une consultation en ligne menée entre le 15 septembre et le 15 novembre dernier et à laquelle 1500 auteurs de bédé, dont une petite vingtaine officiant « depuis le Canada francophone », ont pris part, les chiffres confirment un changement de couleur dans le 9e art. Désormais, les récits y sont mis en cases par 27 % d’auteures, « soit une proportion bien plus élevée que le chiffre de 12,4 % habituellement évoqué » pour résumer la part des femmes dans ce milieu.

Plus jeune aussi

 

Autre constat : la profession devient plus jeune, avec un bassin d’auteurs composé à plus de la moitié de bédéiste de moins de 40 ans, mais également plus incertaine : 53 % des répondants s’étant en effet défini comme des « professionnels précaires », contre 32 % s’estimant « installés ». En 2014, rappellent les auteurs du document, un tiers des bédéistes francophones vivait et créait avec des revenus en dessous du seuil de pauvreté, la moitié le faisait avec un salaire équivalant au salaire minimum.

L’enquête, qui visait à sonder le coeur et surtout les conditions de travail des artisans du 9e art, forcés depuis quelques années à composer avec un environnement en mutation et en tension, confirme qu’il faut bel et bien des lettres pour dessiner. Près de 80 % des répondants ont en effet un diplôme d’études supérieures, ce qui ne les rend pas optimistes pour autant, et les deux tiers des auteurs de bandes dessinées croient que l’avenir qui se dessine pour eux est plutôt sombre et va s’accompagner de la dégradation de leur situation, révèle le document.

Les états généraux de la bande dessinée, mis en oeuvre par le tintinophile et auteur Benoît Peeters, dressent un des portraits les plus précis de la profession de bédéiste réalisés à ce jour. Les données de l’enquête doivent poser les bases d’un débat public portant sur la condition des créateurs dans l’univers de la bande dessinée qui va se tenir dimanche à Angoulême.

Un grand prix pour Hermann

Après la polémique, le choix : c’est le vieux routier du 9e art Hermann Ruppen, dit « Hermann », père de la série Jeremiah, qui a décroché mercredi le Grand Prix d’Angoulême, prix hommage remis à un bédéiste pour l’ensemble de son oeuvre. L’homme était finaliste pour cette reconnaissance aux côtés de l’auteur britannique Alan Moore et de la bédéiste Claire Wendling.

Rappelons qu’au début du mois, le Grand Prix du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême s’est retrouvé sous un tir nourri de critiques après que des auteurs ont dénoncé l’absence de femmes dans la liste des finalistes pour la cuvée 2016. Les organisateurs avaient alors coupé court aux critiques en retirant sa liste et en laissant aux auteurs votant pour célébrer un des leurs le libre choix du gagnant ou de la gagnante de ce prix.


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