Un hiver foisonnant

Illustration: Tiffet
Peu importe qu’en ce début de millénaire les sollicitations se disputant l’attention du lecteur et de la lectrice se multiplient, il se trouve encore de beaux convaincus pour penser que les idées, les personnages et les histoires qu’ils ont pêchés dans leur caboche méritent que nous éteignions tout — télé, Twitter, téléphone —, et ça prendra bien le temps que ça prendra. De la plaquette de poésie outrancièrement aérée au roman d’une lourdeur digne d’un haltère, Le Devoir dresse la liste de ces livres grâce auxquels il fera bon, au cours des prochains mois, voler du temps à la vie.


Janvier s’ouvre avec un nouveau roman de Biz, Prix France-Québec 2015 pour Mort-Terrain. Dans Naufrage, le rappeur-écrivain raconte la descente aux enfers d’un homme responsable de la mort de son enfant (Leméac). Sergio Kokis revient avec Un petit livre, histoire de censure au temps des purges staliniennes (Lévesque éditeur).

Février s’annonce avec un voyage romanesque de Yann Martel, Les hautes montagnes du Portugal (XYZ). Aussi, Dans le temps, qui nous ramène au tournant des années 1960 (Druide). C’est signé Pierre Ouellet, lauréat récent du prestigieux prix Athanase-David. Pour son roman Oscar, Mauricio Segura s’est inspiré de la vie du célèbre jazzman montréalais Oscar Peterson (Boréal). Chez le même éditeur, Christiane Duchesne se penche dans Mourir par curiosité sur le cas d’un adolescent dans le coma.

Mars verra arriver Le petit voleur, roman hommage de Robert Lalonde au grand Tchékhov (Boréal). Puis La chambre verte, sombre saga familiale sous la plume inventive de Martine Desjardins (Alto).

En avril, Kim Thúy observe le monde par les yeux d’une petite fille dans Vi (Libre Expression). Denis Thériault propose une suite à son roman Le facteur émotif, traduit dans une dizaine de langues. La fiancée du facteur voit son héros éperdu d’amour (XYZ). Chez le même éditeur (dans la collection « Quai no 5 »), le chanteur et poète acadien Fredric Gary Comeau offre lui aussi une suite à son roman précédent, Vertiges. Douze chansons pour Évelyne s’attarde au parcours en dents de scie d’Antoine Bourque… poète et chanteur acadien. Après La Bête, La Bête et sa cage : « J’ai encore tué quelqu’un », écrit le slameur David Goudreault, qui poursuit sur sa lancée romanesque (Stanké).

Ici et là au fil du temps

Aline Apostolska surprend avec Le coeur bleu, une histoire d’amour écrite avec Roelquis Gamez Gamez (Recto-Verso). David Dorais fait dans le roman kitch avec Oh la belle province (Leméac). Gilbert Turp malmène un cinquantenaire contraint de réinventer sa vie dans La caverne (Québec Amérique). David Turgeon poursuit son exploration romanesque du monde littéraire avec Le continent de plastique (Le Quartanier). Franz Benjamin, lui, publie Une femme à la mer (Mémoire d’encrier).

On surveillera Tam-tam, de Pierre Gariépy (XYZ), L’interrogatoire de Nadir Bensoussan, par Alain Beaulieu (Druide). Aussi : Je t’aime encore, de Roxanne Bouchard, et Mostarghia, roman autobiographique de Maya Ombasic sur l’exil (VLB). Puis, Mille masques, de Jean-Marc Beausoleil, et Trans, de Marie-Christine Arbour (Triptyque). Autres auteurs qui s’annoncent : Louis-Philippe Hébert, Bertrand Laverdure, Bernard Gilbert, Max Férandon

Elles en sont à leur deuxième roman : Nathalie Babin-Gagnon (L’Absent, XYZ), Cassie Bérard (Qu’il est bon de se noyer, Druide), Claude-Emmanuelle Yance (Le chant du sang, Lévesque), Marie Larocque (Jeanne en voyage, VLB), Bianca Joubert (Le léopard ne se déplace pas sans ses taches, Marchand de feuilles). Le chanteur Maxime Landry remet ça lui aussi, avec Tout mon temps pour toi (Libre Expression).

Premiers romans

On mise sur Elsa Pépin (Les sanguines, Alto), Fannie Loiselle (Saufs, Marchand de feuilles), Emmanuelle Cornu (Anna, salle d’attente, Druide) et Eveline Mailhot (Deux jours de vertige, Notabilia), qui toutes se sont déjà illustrées du côté de la nouvelle. Et on attend Abba Bear, du bédéiste Philippe Girard (Tête Première).

Parmi les nouvelles plumes : Marie Demers. Dans In Between, la fille de l’écrivaine Dominique Demers retrace le parcours d’une jeune femme en déroute après la mort de son père (Hurtubise). Brigitte L’Archevêque attire l’attention avec Dérailler : une femme qui recueille une auto-stoppeuse voit sa vie chamboulée (Québec Amérique).

Farö, de Marie-Christine Boyer, nous fait voyager dans une Scandinavie imaginaire (Triptyque). Avec Serafim et Claire, Mark Lavorato nous transporte dans le Montréal des années 1920 (Marchand de feuilles). Un titre qui intrigue : Monogamies ou comment une chanteuse country a fucké ma vie sexuelle, de Jolène Ruest (XYZ).

La linguiste France Martineau signe une autofiction qui promet, Bonsoir la muette : « Vers quatre ans, j’ai cessé de parler. Plus d’un an après, quand la parole m’est revenue, elle s’est installée pour mieux taire ce qui ne pouvait être dit » (Sémaphore).

Des nouvelles à la pelle

Après Nu, Stéphane Dompierre dirige un nouveau collectif de textes érotiques, Travaux manuels. Parmi les collaborateurs : Caroline Allard, Simon Boulerice, Geneviève Jannelle, Maxime Olivier Moutier… (Québec Amérique). Le recueil de nouvelles Millennials regroupe une dizaine d’auteurs, dont Mélissa Verreault et Charles Dionne, sur le thème de la génération Y (Tête Première). Récits parias, sous la direction de Marie-Ève Blais et Karine Rosso, réunit 12 jeunes auteures qui s’interrogent sur les rapports de pouvoir par le biais de la fiction, avec des illustrations de Cathon (Remue-Ménage).

François Gravel, qui a fréquenté de façon assidue les salles de classe comme enseignant et auteur, publie Toute une vie sur les bancs d’école, où se côtoient le meilleur et le pire de son expérience (Québec Amérique). Après Onze petites trahisons, la journaliste Agnès Gruda aborde la mort sous différentes facettes dans Mourir mais pas trop (Boréal). Plusieurs histoires de couple s’entrecroisent dans le premier recueil de Madeleine Allard, Quand le corps cède : « Étais-tu déjà parti avant que je ne m’en rende compte ? On dit que c’est toujours comme ça. On croit être deux, et soudainement on se rend compte qu’on est seul » (Hamac).

Marie Gagnon signe Le retour du ciel, 15 histoires autour de la prison et de la rue (VLB). Avec Étrangers de A à Z, l’écrivain d’origine argentine Daniel Castillo Durante propose 63 microrécits sur l’exil (Lévesque). Je n’ai jamais embrassé Laure, de Kiev Renaud, se présente comme un roman par nouvelles, où se croisent plusieurs figures féminines (Leméac).

Complots, de Hans-Jürgen Greif, rassemble trois novellas qui nous transportent en Italie pendant la Renaissance. Paraît aussi un ouvrage collectif en hommage à ce romancier et essayiste érudit : Habiter la littérature, Mélanges offerts à Hans-Jürgen Greif (L’instant Même).

En tous genres

Carl Bergeron, auteur d’un essai sur le cinéaste Denys Arcan, propose un récit hybride : Voir le monde avec un chapeau raconte l’expérience d’une métamorphose sous forme de faux journal (Boréal). Après Presque 39 ans, bientôt 100, Fred Dompierre lance Fred Fred, un récit philosophique illustré par ses soins (Leméac). La poète Hélène Dorion livre un récit méditatif accompagné de ses photos : Le temps du paysage (Druide).

En plus d’une pièce de théâtre, Hervé Bouchard publie un conte, Le père sauvage, plaquette de 24 pages qui met en scène un propriétaire intraitable : tous les moyens sont bons pour empêcher les gens de passer sur son terrain. Avec Trois princesses, l’auteur de L’art de la fugue, Guillaume Corbeil, réinvente des contes de fées de notre enfance (Le Quartanier).

Dans Passion Haïti, Rodney Saint-Éloi rend hommage à son pays d’origine sous forme de récit (Hamac). Avec La vieillesse par une vraie vieille, Janette Bertrand revisite les dix dernières années de sa vie (Libre Expression).