De colère et de parité à Angoulême

Le bédéiste Riad Sattouf a réclamé que son nom soit exclu de la course au Grand Prix du Festival d’Angoulême.
Photo: Thomas Oliva Agence France-Presse Le bédéiste Riad Sattouf a réclamé que son nom soit exclu de la course au Grand Prix du Festival d’Angoulême.

Polémique au Festival international de bande dessinée d’Angoulême. Mardi, le bédéiste Riad Sattouf a réclamé que son nom soit exclu de la course au Grand Prix, qui doit être remis à la fin du mois dans le cadre de l’événement dédié au 9e art. Motif ? Les 30 auteurs, dont l’identité vient d’être dévoilée, concourant pour ce prestigieux prix cette année sont tous des hommes. Une erreur de jugement des organisateurs de l’événement qui ainsi ne témoignent pas de la contribution des femmes au 9e art, estime-t-il.

« Cela me gêne, car il y a beaucoup de grandes artistes qui mériteraient d’y être, a indiqué mardi l’auteur de L’arabe du futur (Éditions Allary) sur sa page Facebook dans un court billet qui dénonce le manque de parité dans cette élection pour le Grand Prix, cuvée 2016. Je préfère donc céder ma place à, par exemple, Rumiko Takahashi, Julie Doucet, Anouk Ricard, Marjane Satrapi, Catherine Meurisse… », ajoute-t-il tout en précisant ne pas pouvoir offrir ici la liste exhaustive des auteures de bandes dessinées méritant tout comme lui une place sous ce soleil.

Demande de retrait

Riad Sattouf a fait son entrée dans le palmarès de 30 plumes d’envergure qui pourraient cette année décrocher le Grand Prix d’Angoulême aux côtés de figures emblématiques du 9e art, dont Édika, Pierre Christin, Christian Binet, François Bourgeon, Quino, Joann Sfar, Milo Manara ou encore Jirô Taniguchi, pour ne citer qu’eux. Ce prix vise à saluer l’ensemble d’une oeuvre et la contribution d’un auteur à l’évolution de la bande dessinée. Le choix est fait par des auteurs professionnels au terme d’un vote qui débute actuellement en ligne. L’an dernier, l’auteur japonais Katsuhiro Otomo l’a décroché.

« Je demande à être retiré de cette liste », a exigé Riad Sattouf, qui l’an dernier a décroché le Fauve d’Or d’Angoulême, prix de la meilleure bédé, pour le premier chapitre de son Arabe du futur, tout « en espérant », ajoute-t-il, « pouvoir la réintégrer le jour où elle sera plus paritaire ! »

Malgré les appels du Devoir, il n’a pas été possible de parler à un représentant du festival mardi. Dans les pages de Libération, Franck Bondoux, délégué général de l’événement, a toutefois réfuté les accusations de sexisme portées par Riad Sattouf en rappelant que « ce Grand Prix récompense un auteur pour l’ensemble de son oeuvre et sa carrière. Or, l’histoire de la bédé jusqu’aux années 80 est essentiellement d’obédience masculine. Le festival reflète la réalité de cet univers », a-t-il indiqué tout en ajoutant : « Difficile de taxer le festival de sexisme, car il ne se réduit pas au Grand Prix. »

Éloigné du Grand Prix à sa demande, Riad Sattouf pourrait toutefois se rapprocher d’autres reconnaissances lors de ce festival qui va prendre son envol le 28 janvier prochain en France, avec le tome ii de sa série L’arabe du futur, qui fait partie des 40 albums sélectionnés pour le prix du meilleur album ou encore le choix du public. Plusieurs auteurs femmes se retrouvent dans cette sélection officielle, dont l’Américaine Nicole J. George pour son Allo, Dr Laura ? (Cambourakis), Delphine Panique pour son En temps de guerre (Misma), Roz Chast pour Est-ce qu’on pourrait parler d’autre chose ? (Gallimard), entre autres, et ce, au milieu d’auteurs masculins comme Benjamin Adam pour son Joker (La Pastèque) ou Pascal Rabaté et David Prudhomme et leur Vive la marée ! (Futuropolis).

Sur la base de cette sélection officielle, Chloé Cruchaudet avait remporté le Grand Prix du public en 2014 avec son album Mauvais genre (Delcourt).