Frayer, Marie-Andrée Gill

Trouver son chemin, remonter aux origines, tel est le projet de Marie-Andrée Gill, postée devant le lac Piekuakami, repensant la profondeur du lien innu qui lui prend le coeur. Le lieu est envahi d’un sentiment ombré. « On a appris à contourner les regards à devenir / beaux comme des cimetières d’avions », dit-elle avec lucidité. Tâche ingrate que cette conscience d’être fracturée par le destin. « Lécher la surface de l’eau avec la langue que je ne parle pas », confie-t-elle encore, afin de « caresser la cassure, la parole. » La poésie incisive de Marie-Andrée Gill retrace des désirs sans cesse inassouvis : « Je veux l’Amérique comme elle te ressemble de la voix. / Je la veux de nos sangs bardassés, / nos sangs couleur pow-wow de la terre. » En fait, constat et chant, « c’est l’heure dégrisée / de la soif d’eau juste ». Beau recueil au ton lyrique qui pénètre le coeur gris d’une douleur atavique, mais dans la conscience des possibles retournements, tant la parole est porteuse de rêves scandés : « Les armes se découpent à coups de dents / je le sais nous sommes / le plumage du bleu / la symétrie des épinettes / et le langage de la grêle. »

Frayer

Marie-Andrée Gill, La Peuplade, Chicoutimi, 2015, 88 pages