Se faire son cinéma

Rober Racine, artiste tous azimuts, auteur notamment de L’ombre de la terre (Boréal, 2002), crée ici une oeuvre d’énigmes, en poupées gigognes, où les fictions en recèlent d’autres. Dans L’atlas des films de Giotto, le lecteur, invité à démêler le vrai du faux, finit par entrer, par effet de miroir, dans sa propre psyché.

Giotto nous y est présenté comme un pilote d’avion qui achemine des échantillons de sol lunaire vers plusieurs musées du monde. Ce globe-trotter va au cinéma un peu partout. Or donc, ce livre rassemblerait des résumés de films vus dans 52 villes sur quatre continents. C’est à ces virtualités du 7e art que son étrange poésie s’arrime. Se succèdent des synopsis de films, avec titres, fiches techniques et distribution, scènes principales en exergue, avis de l’auteur et d’un tiers, croisé ici ou là.

Guide des films

Ces créations comme des bulles de savon s’envolent avec des moments volés à la ville hôte. Les titres sont intrigants. Danube, c’est un parfum ?, de l’Australien Colin Gum, réalisé en 1972, vous connaissez ? Sachez que parmi les scènes principales, on y trouve l’exécution d’un noeud papillon et la tonte du kangourou entouré de mille bougies allumées. Et le film indien Soleil de bois (1976), dans lequel le vent est évoqué par le mouvement des plumes duveteuses d’oisillons filmés en gros plan, ça vous allume ?

Tout cela s’enchaîne en un univers filmique impalpable, dont on aimerait bien voir les reflets à l’écran. Une fantaisie, des rêves à la queue leu leu, sitôt imaginés, sitôt disparus. Bel exercice, qui donne envie d’inventer d’autres histoires, pour des acteurs à mettre au monde, quelque part sur la planète entre ailleurs et ici.

L’Atlas des films de Giotto

Rober Racine, Boréal, Montréal, 2015, 228 pages