L’École des loisirs, un clan tricoté serré

Une page du livre «Au secours voilà le loup», de Ramadier & Bourgeau, aux éditions L’École des loisirs.
Photo: L’École des loisirs Une page du livre «Au secours voilà le loup», de Ramadier & Bourgeau, aux éditions L’École des loisirs.
À l’occasion du Salon du livre, Louis Delas, directeur général de la maison d’édition familiale L’École des loisirs, est de passage à Montréal pour promouvoir l’accès à la culture aux enfants.


Louis Delas avait quatre ans lorsque son père, Jean Delas, son oncle Jean Fabre et Arthur Hubschmid créèrent, en 1965, L’École des loisirs, activité jeunesse des Éditions de l’école, maison fondée en 1922 par son arrière-grand-père. Grâce à son père, il est devenu le premier lecteur des futures figures de proue de la maison de ce clan tricoté serré : Tom Ungerer (Les trois brigands), Maurice Sendak (Max et les maximonstres) et Leo Lionni (Petit-Bleu et Petit-Jaune).

« Fondamentalement, il n’y a pas de différences entre l’enfant que nous avons été et l’adulte que nous sommes », avance Louis Delas. « De même, il n’y a pas de différences entre l’enfant d’il y a 50 ans et l’enfant d’aujourd’hui. Si vous leur proposez de bonnes histoires, ça fonctionne immédiatement. Ainsi, les ouvrages publiés en 1965 sont toujours parmi les meilleures ventes de la maison. En fait, la différence entre les lecteurs d’hier et d’aujourd’hui, c’est qu’ils ont beaucoup de choix qu’ils n’avaient pas dans le temps, comme la télévision, les smartphones, les réseaux. »

Forte d’un fonds de 5000 titres, L’École des loisirs a évolué au rythme de la société française, toujours en équilibre entre le respect de l’ADN de la maison et l’envie de faire découvrir aux enfants des auteurs audacieux, tels Kitty Crowther (Mère Méduse) et Chen Jiang Hong (Dragon de feu), venus célébrer les 50 ans de « leur » maison au Salon du livre, sans céder aux effets de mode. En bon Français du Sud-Ouest, l’aîné de la quatrième génération compare l’esprit de l’entreprise familiale au rugby.

« La notion de transmission est profondément ancrée en nous, mais surtout dans le cadre de la transmission de la culture aux enfants, de même que dans celui de la transmission des parents qui ont lu les ouvrages et veulent les faire lire à leurs enfants. Au rugby, pour aller de l’avant, il faut passer le ballon vers l’arrière, ce qui veut dire qu’il faut regarder vers le passé pour aller de l’avant et donc ne pas tout le temps recommencer à zéro. »

L’avenir du livre

Depuis son arrivée en 2013, celui qui a notamment fait ses classes chez Hatier, Casterman et Flammarion a développé des jeux de société, le volet bande dessinée, Rue de Sèvres, et un catalogue numérique : « En France, le numérique représente entre 3 % et 5 % du marché, c’est donc un petit marché complémentaire auquel on est très attentif ; on a d’ailleurs un certain nombre d’initiatives prévues au printemps dans ce domaine. »

Peu importe le support que les histoires empruntent, la mission de L’École des loisirs demeure la même : permettre aux jeunes d’accéder à la culture par la lecture dans le plaisir et dans la volonté de construire leur personnalité. Si les enfants sont toujours friands de bonnes histoires, le grand enjeu des éditeurs, c’est de s’assurer qu’ils aient le livre en mains grâce aux médiateurs du livre (enseignants, bibliothécaires, journalistes, etc.). Au lendemain des tragiques événements, la mission des éditeurs s’avère donc essentielle.

« Si les barbares qui ont commis ces attentats avaient eu des livres plus tôt entre les mains, ils auraient probablement agi différemment. Ce n’est pas un hasard si les gens qui les manipulent leur interdisent l’accès à la lecture ; ils savent que c’est ainsi qu’on accède à la liberté de réflexion et d’expression. Plus que jamais, notre combat dépasse largement celui d’un domaine commercial ou d’un métier. Donner l’accès à la culture et à la lecture au plus grand nombre, c’est une mission et le meilleur rempart contre la barbarie », conclut-il.