Les 20 ans d’une vitrine de renom

Photo: Hurtubise
Le libraire Hervé Foulon fait le point sur la mission de la Librairie du Québec à Paris, sise rue Gay-Lussac dans le Quartier latin depuis 1995.


En 20 ans, la Librairie du Québec à Paris a-t-elle bien rempli son rôle de vitrine culturelle québécoise en France ?

Oui, et je crois qu’elle continue de le remplir. Son rôle a toujours été d’être une porte ouverte sur le marché français pour les auteurs et éditeurs québécois. Le rôle a été rempli à tel point que le nombre de cessions de droits de titre québécois auprès des éditeurs français s’est multiplié. C’est la rançon du succès : les librairies du Québec ne perdent pas ces livres dans les librairies mêmes, mais les perdent en tant que distributeurs. Sur l’ensemble et la présence de la littérature québécoise en France, c’est un plus.

Comment expliquez-vous que la Librairie du Québec n’ait pas fait de petits ?

C’est très difficilement rentable de pouvoir tourner avec seulement la librairie, qui compte sur la clientèle de passage ou la clientèle en vente directe. La spécificité de la Librairie du Québec, qui présente un minimum de 10 000 livres en rayonnage, c’est de permettre aux gens de venir visiter. À côté de cela, nous avons développé un service de distribution avec DNM (Distribution du Nouveau Monde), qui permet de signer des accords de distribution avec les éditeurs. Nous diffusons ces livres dans toute la France auprès des libraires français, des FNAC, d’Amazon, etc. J’ai voulu développer ce point parce que je trouvais intéressant qu’au-delà de la vitrine pure et simple de la librairie, le livre québécois puisse être disponible dans d’autres librairies françaises, dans d’autres régions de la France.

Avez-vous remarqué une baisse de fréquentation de la librairie depuis la création en 2014 de son site de vente en ligne ?

Non, je dirais même qu’elle évolue. Ce site nous permet de rejoindre des gens hors de Paris intéressés par les publications québécoises. Ils y avaient déjà accès parce que nous travaillons notamment très étroitement avec Amazon. Dans la loi française, il y a le prix unique qui vous oblige à accorder 5 % ; Amazon n’a pas le droit de cumuler ces 5 % plus le transport gratis. Qu’est-ce qu’on avait à perdre à développer un site direct de la librairie ? Petit à petit, ce site va permettre aux gens d’avoir accès à tout le fonds de la librairie.

Croyez-vous qu’à long terme, le livre numérique puisse nuire à votre librairie ?

Pour l’instant, le numérique représente environ 5 % ; du marché québécois et du marché français, il ne faut donc pas s’énerver. Aux États-Unis, où le numérique représente 25 % du marché, on s’aperçoit qu’il y a un tassement des ventes. Je ne dis pas que le livre numérique va disparaître, il est là pour demeurer et répondre à certains besoins, mais ce n’est pas la panacée. Le livre papier est loin d’être disparu. Dans ce contexte-là, la Librairie du Québec et DNM ont toujours leur rôle à jouer, mais il faut trouver des moyens pour augmenter encore la promotion du livre québécois en France.

Il y a 10 ans, vous disiez que la librairie était à l’étroit dans ses 150 m2, c’est pour bientôt le déménagement ?

Le problème à Paris, ce n’est pas de déménager, mais de trouver et, surtout, à un prix abordable. Pour l’instant, on est sur des prospects plutôt positifs. On cherche un endroit plus accessible et plus passant qu’au coin des rues Gay-Lussac et Saint-Jacques dans un quartier agréable comme le cinquième arrondissement. J’espère bien qu’en 2016, on vous annoncera de bonnes nouvelles.

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