Les maîtres du printemps, Isabelle Stibbe

Aubange est une véritable commune belge, autrefois riche de la sidérurgie. Florange existe aussi. Mis en avant de l’actualité par les hommes politiques qui y ont fait campagne, la désindustrialisation y règne. Aublange est un village imaginaire de Moselle, déserté par ces mêmes hauts-fourneaux, dans le roman d’Isabelle Stibbe. On y suit de près ces régions en voie de paupérisation, maintenues sous respiration artificielle par l’assistance sociale. Née en 1974, après Bérénice 34-44 (Livre de poche, couronné de neuf prix littéraires en 2014), Stibbe, connue aussi des grands théâtres parisiens, raconte ce qu’y furent les combats ouvriers. Les maîtres du printemps a un ton : « Ce que sera la suite. Y en aura-t-il une seulement. Ne vaudrait-il pas mieux se coucher et en finir tout de suite plutôt que voir ça, subir ça, cette mutilation, ce goût de mort, leur vie qu’on leur arrache, l’espoir, nid de fines brindilles où ils déposaient leur foi, tout ce qui jusque-là les faisait tenir droit. » D’un récit efficace, classique et rythmé, elle suit les avanies du capitalisme triomphant.

Les maîtres du printemps

Isabelle Stibbe, Serge Safran, Paris, 2015, 181 pages

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