Dommages collatéraux

La bataille des plaines d'Abraham, en 1759
Photo: Source Ministre des Approvisionnements et Services Canada La bataille des plaines d'Abraham, en 1759

Les civils sont souvent les principales victimes des conflits armés. La guerre de la Conquête ne fait pas exception avec ses masses de migrants et ses massacres d’innocents. Un collectif d’historiens français et québécois dirigé par Bertrand Fonck et Laurent Veyssière explore les facettes méconnues de cet affrontement dans La chute de la Nouvelle-France.

En dépit de son titre, ce recueil fait peu de place aux opérations militaires ayant dévasté le nord-est du continent américain entre 1755 et 1760. On y traite davantage de la reconstruction de la société canadienne éprouvée par le bombardement de Québec et l’incendie des campagnes environnantes par les assiégeants britanniques.

« La situation immédiate de la population restée sur place est catastrophique, écrit Alain Laberge, car celle-ci est dépouillée du plus strict nécessaire, sans pouvoir espérer de secours. » L’historien évoque le destin tragique de ces « familles disloquées » par la mort de ses éléments les plus vulnérables découlant des privations alimentaires. « Le monde rural canadien, après avoir récupéré ses acquis des années d’avant la guerre, va conserver de la guerre de la Conquête le souvenir de l’épreuve d’une décennie perdue », écrit Laberge.

Géopolitique

Au-delà de l’aspect humain du conflit, les auteurs abordent la question délicate de l’abandon du Canada par la France. Fonck et Veyssière rappellent à ce sujet que Versailles a déployé davantage de soldats dans sa colonie laurentienne que dans les Antilles. Ce n’est pas sans raison, soulignent-ils, si les combats livrés pour défendre les « quelques arpents de neige » dépeints par Voltaire ont été « plus violents et acharnés » que sur les autres théâtres coloniaux d’opérations.

Si la France a abandonné le Canada, c’est au cours de la révolution américaine, vingt ans plus tard, alors qu’elle dispose à nouveau d’une marine de guerre capable de débarquer un corps expéditionnaire devant Québec. Versailles préférera toutefois le commerce des îles à sucre à l’expansion continentale, comme l’explique François Ternat dans un texte éclairant sur la géopolitique de la seconde moitié du XVIIIe siècle.

« Peu de changements de souveraineté ont laissé autant de traces dans la mémoire des descendants des vaincus que la fin de la Nouvelle-France », écrivent les directeurs du collectif, qui aborde également la question autochtone. S’il est loin d’épuiser son sujet, ce recueil un peu disparate comble une partie de la brèche historiographique mise en lumière il y a quelques années à l’occasion du 250e anniversaire du changement d’empire.

Le Canada ne fut pas abandonné à son sort, comme en témoignent les moyens accordés par la France à ce théâtre d’opérations, certes secondaires au regard des enjeux européens, mais supérieurs à ceux qui ont été affectés à la défense des Antilles.

La chute de la Nouvelle-France

Bertrand Fonck et Laurent Veyssière, Septentrion, Québec, 2015, 357 pages