Joker, Benjamin Adam

Puisqu’il faut lui attribuer une valeur, Joker, nouvelle création du bédéiste Benjamin Adam (Deux milligrammes, Lartigues et Prévert, La Pastèque, 2014 et 2013), est un trésor, un exercice habile de déconstruction, un objet narratif à l’intelligence rare et au graphisme séduisant à mettre entre toutes les mains, ou presque. Le fait exploré est divers. Mais il l’est également par le fragment et le portrait de personnages pris dans leur quotidien et dans quelques contradictions : trois hommes liés à une puissante entreprise et impliqués dans des étranges parties de cartes sont retrouvés morts. Deux femmes et leurs nombreux enfants sont en fuite. Un ophtalmo se prend pour un corbeau. Il y a des journalistes aussi, mais à la solde du grand capital, et un gamin qui s’appelle Joker et qui écoute un peu trop les conversations des grands. Étrange ? Oui, mais brillamment assemblé dans une bédé qui trouve ici le genre de récit capable de mettre en relief l’incroyable pouvoir de narration du 9e art. Chapeau.

Joker

Benjamin Adam, La Pastèque, Montréal, 2015, 128 pages