Vanessa Barbara: l’art des débuts

Vanessa Barbara
Photo: smallthings.fr Vanessa Barbara

La rencontre avec un livre tient parfois à ses seules premières phrases, et on pourrait disserter sans fin sur ce qui provoque, en quelques mots, assez de style, sur ce qui fait naître surtout cette curiosité qui fait qu’un lecteur, presque à son insu, se retrouve « ferré », pas moins accroché qu’un poisson à l’hameçon. Chance du débutant ou maîtrise ? Le premier roman de la jeune Vanessa Barbara, née à 1982 à São Paulo, témoigne, quoi qu’il en soit, d’un charmant art du commencement.

« Lorsque Ada est morte, le linge n’avait même pas eu le temps de sécher. L’élastique du jogging était encore humide, les grosses chaussettes, les T-shirts et les serviettes toujours sur le fil. » Le vieil Otto, amoureux de presque toujours de son Ada, se retrouve ainsi veuf, un peu misanthrope, soudain sans joies de vivre — même les documentaires animaliers et les séries policières ont perdu grâce à ses yeux… Entre les souvenirs de leur amour et de leur quotidien et les portraits des voisins, tous un peu craqués — Nico, le pharmacien fasciné par les effets secondaires des médicaments qui ne sait pas nager, mais rêve de traverser la Manche ; Iolanda et ses trips ésotériques ; le facteur qui livre volontairement les lettres aux mauvaises adresses en beuglant de l’opéra ; monsieur Taniguchi, qui a poursuivi seul aux Philippines sa Seconde Guerre mondiale jusqu’en 1978… —, se trace un univers à la Amélie Poulain, qui chante la diversité des humains et leurs adorables et insupportables petits travers.

Une intrigue ? Pourquoi ?

Et c’est dans la description de la petite folie quotidienne que brille Vanessa Barbara ; dans l’humain, très humain ; dans la chair et le coeur qu’elle sait donner à ses personnages. Quand elle décrit les explorations culinaires explosives d’Ada, les fugues répétées des canins qui foutent la rue sens dessus dessous, les amours inavouées des uns et le poids de la vieillesse des autres, on vibre avec tout ce petit monde, adopté illico. Au point même où l’intrigue, façon faux polar, qui s’ajoute au dernier tiers du roman semble forcée, n’ajoute rien et nous éloigne même de la force de ce livre.

Mais ce serait vraiment bouder un plaisir de lecture, pas si léger qu’il ne le semble, que de s’arrêter à ce bémol. Ces Nuits de laitue (quel titre étrange, tout de même !) s’avalent toutes seules, sans l’amertume de la tisane aux feuilles vertes que le pauvre Otto s’inflige parfois pour dormir. Un premier roman remarquable, et, conséquemment, une auteure à surveiller.

Les nuits de laitue

Vanessa Barbara, traduit du portugais par Dominique Nédellec, Zulma, Paris, 2015, 224 pages