Au monde inventaire, Antoine Dumas

Normalement, je n’aime pas trop les livres qui se fabriquent avec des listes. Ça m’est souvent apparu une entreprise futile. Mais Antoine Dumas, dans Au monde inventaire, réussit là où tant échouent, à savoir à créer l’effet hypnotique souhaité, mais en touchant à la poésie secrète de ce qu’il traque. L’effet incantatoire du « il y a » (propre à cet inventaire proposé) ouvre des scènes qui fascinent ou ont fasciné l’auteur. Ainsi reconnaît-il qu’« il y a notre peau trouée dans l’égarement en surface et pelée dans l’abîme amoureux, dans l’abîme d’un peu de chaleur quêtée au vide / dans la peau il y a le mucus du verbe qui a sommeil ». Surtout, toute liste faisant, il ne renonce pas à la poésie même du texte. C’est parfois émouvant : « dans la gueule du loup il y a une chaleur qui me rappelle le lieu de ma naissance comme un dangereux resserrement de l’intention autour du rien / de ma naissance, j’ai retenu cette sorcellerie de pauvres à traduire en chair une lumière voilée. » Puis, subtilement, le « il y a » s’estompe, comme si la parole s’articulait à mesure que l’inventaire permet au poète de se réapproprier son monde et sa parole. Le recueil est accompagné de deux illustrations originales encollées de Coco-Simone Finken. Le livre est bon et beau. C’est beaucoup.

Au monde inventaire

Antoine Dumas, illustrations de Coco-Simone Finken, Les éditions du passage, Montréal, 2015, 64 pages

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