Je ne tiens qu’à un fil mais c’est un très bon fil, Sylvie Laliberté

Quelle brise rafraîchissante que le dernier livre de Sylvie Laliberté, après Je suis formidable, mais ça ne dure jamais très longtemps et Quand j’étais italienne (400 coups, 2013 et Somme toute, 2013). Le titre révèle le ton candide que nous réserve l’artiste montréalaise. Dans ce troisième roman, elle remonte le cours de sa vie, dans une quotidienneté qui pourrait être la nôtre. L’enfance, la rencontre avec ces adultes chargés de notre éducation et qui essaient de faire entrer les petits êtres créatifs dans un moule (« La maîtresse avait organisé un concours de textes libres. J’avais écrit à propos de l’importance des poignées de porte. La classe a voté pour mon texte, qui était très libre. La maîtresse a décrété que cette composition ne pouvait pas gagner le premier prix, parce qu’il était impossible que le sujet d’un texte soit les poignées de porte. Cette fois-là, j’avais onze ans, et j’ai commencé à m’inquiéter à propos des idées. Celles qu’on a le droit d’avoir, et les autres »). Elle se remémore ses réflexions de jeune adulte (« Chaque jour, je dois faire cette chose très difficile qui est de faire ce que j’aime. Il est tellement plus facile de faire ce que les autres aiment »), et fréquente la vieillesse lors des visites qu’elle rend à son père à la résidence de personnes âgées. La voix unique, sensible, à la fois légère et percutante de Sylvie Laliberté se faufile jusque dans ses « citations visuelles » (ses propres photographies mettant en scène soldats de plastique, livres et des objets glanés dans ses armoires). Si Je ne tiens qu’à un fil… se lit d’un trait, c’est pour mieux s’y replonger. Car il est un peu comme cette invitante couverture qu’on laisse traîner sur le divan, histoire d’avoir du réconfort à portée de main quand la vie devient trop froide.

Je ne tiens qu’à un fil mais c’est un très bon fil

Sylvie Laliberté, Somme toute, Montréal, 2015, 152 pages

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