Le consentement au mariage gai

Cet ouvrage se compose de 44 textes — expressions d'opinion envoyées au Devoir ou déclarations — rédigés ou publiés, pour 27 d'entre eux, entre juin et septembre 2003, ou encore inédits pour le reste.

Tous ces textes ont été provoqués par la décision de la Cour d'appel de l'Ontario du 10 juin 2003, qui déclarait inconstitutionnelle, en regard de la Charte canadienne des droits et libertés, la définition du mariage comme «l'union légitime d'un homme et d'une femme à l'exclusion de toute autre personne», et par le dévoilement, le 17 juillet 2003, de la teneur d'un avant-projet de loi fédéral destiné à reconnaître non seulement l'union civile des conjoints de même sexe mais leur mariage, ce qui revenait à annoncer une modification de la définition même du mariage, institution qui ne serait plus désormais réservée à un homme et à une femme mais serait accessible à deux personnes sans égard à leur sexe. Bien qu'une telle possibilité ait été évoquée depuis un certain nombre d'années, la perspective d'une légalisation prochaine du mariage entre conjoints de même sexe a provoqué une polémique qui fait encore rage.

Les prises de position et les échanges suscités par le refus du gouvernement fédéral d'en appeler du jugement de la cour ontarienne ainsi que par l'annonce de l'avant-projet de loi ont bien sûr donné lieu à des expressions d'opinion émotionnelles et souvent peu fondées en raison mais aussi, et fort heureusement, à des déclarations ou à des productions écrites très éloquentes, pour ou contre la redéfinition du mariage, qui ont eu le mérite de mettre en lumière les tenants et aboutissants de ce qui est au coeur du débat. C'est précisément l'objectif de ce livre que de présenter au public un échantillon quantitativement et qualitativement représentatif du dossier du mariage homosexuel.

Pour l'essentiel, on y trouvera des textes non sollicités publiés dans Le Devoir et émanant de lecteurs mais aussi de personnalités du monde politique ou juridique, ainsi que des textes soumis au quotidien et qui, pour une raison ou une autre, n'ont pu être publiés. On y a joint quelques textes qualifiés d'inédits et dont la provenance n'est pas précisée, ainsi que deux déclarations officielles provenant l'une de la Congrégation vaticane pour la doctrine de la foi, l'autre de la Conférence des évêques catholiques du Canada. Le recueil est précédé d'une «présentation» par Guy Ménard, professeur au département de sciences religieuses de l'UQAM, qui, d'une manière remarquablement claire et nuancée, retrace l'historique du débat sur le mariage homosexuel et en analyse les éléments.

À cette présentation fait pendant un épilogue rédigé pour l'occasion par Gilles Bibeau, professeur à l'Université de Montréal, et intitulé «Désordre amoureux? Réflexions d'un anthropologue autour du mariage homosexuel». Pour faciliter la tâche au lecteur, mettre un peu d'ordre dans un dossier assez éclaté et surtout donner équitablement la parole à tous, les textes retenus pour cette anthologie ont été regroupés en cinq sections:

- la problématique juridique;

- l'Église catholique dans le débat;

- le recours à l'histoire et à la nature;

- la perspective des sciences humaines;

- le mariage et la condition homosexuelle.

Même si les textes qui constituent le recueil sont de provenance et d'orientation très diverses, ils permettent néanmoins de brosser un tableau sinon complet, du moins très satisfaisant de la diversité des arguments qui ont pu être invoqués pour ou contre la redéfinition du mariage envisagée dans l'avant-projet de loi fédéral. Tous intéressants, souvent provocants, ces textes sont bien sûr de nature et de valeur inégales. À côté de brèves expressions d'opinion, on trouve de véritables essais sur les dimensions juridiques, anthropologiques, éthiques ou simplement humaines de la question, tout comme des invectives et de véritables morceaux de rhétorique pamphlétaire. De part et d'autre, on relève des appels à la loi naturelle, conçue parfois d'une manière plutôt vaporeuse, ou encore au témoignage de l'histoire, sur la base, la plupart du temps, d'une documentation de deuxième ou de troisième main. À ce propos et comme justification du mariage homosexuel est plusieurs fois implicitement ou explicitement convoqué à la barre des témoins le livre de John Boswell, intitulé Les Unions de même sexe dans l'Europe antique et médiévale (Paris, Fayard, 1996; original anglais, 1994), dont la base documentaire est solide mais qui pèche malheureusement par une surinterprétation des données sur lesquelles il repose. Bien souvent aussi, à parcourir ces pages, on a l'impression que la notion de mariage est travestie, mal définie ou encore définie de manière trop large, que ce soit d'un point de vue civil ou religieux. Il serait bon de se remémorer l'adage du droit romain, lequel est à la base de toutes les formes occidentales du mariage, selon lequel consensus fit matrimonium, «c'est le consentement qui fait le mariage».

L'un des intérêts du collectif édité par Guy Ménard est de nous permettre de lire à la suite, et les uns à la lumière des autres, des textes parus séparément et émanant des horizons les plus divers. Il s'en dégage dès lors une perspective d'ensemble qui permet de prendre le pouls d'une tranche significative de l'opinion publique sur la question du mariage gai. Mais le plus grand mérite de ce livre est de mettre à la disposition de tous des éléments essentiels d'information et d'ouvrir des pistes de réflexion, ce qui est capital dans un débat qui touche des valeurs et surtout des personnes. D'où la nécessité de garder raison.

L'auteur est professeur à la faculté de théologie et de sciences religieuses de l'Université Laval.