Roman québécois - Suspense chez les psys

En 1999, Gilles Michel Ouimet et Anne-Marie Pons faisaient l'événement au Québec en voyant leur premier roman édité en France par nulle autre que la très franco-française maison Robert Laffont. Quatre ans après Thérapie mortelle, le duo passe chez Guérin, qui a réservé à Jalousie, leur second titre, l'honneur d'inaugurer «Psynoire», sa nouvelle collection de romans conjuguant suspense et psychologie.

Drame en quatre actes, leur nouveau thriller a pour genèse une jalousie capable d'«absorber un être humain tout entier» à l'image de celle peinte par Milan Kundera dans La Valse aux adieux. Un programme d'envergure que le tandem, qui exerce la psychologie à Montréal, explore par le biais d'un cas typique, celui de la troublante Cécile Chevrier. Belle, cultivée, aisée et aimée de son mari et partenaire en affaires, Marc Lacroix, Cécile a tout pour être heureuse. Mais sa jalousie maladive mine leur union, usée par les assauts rageurs de Cécile qui sont depuis toujours aussi nombreux qu'imprévisibles.

Quand celle-ci engage un détective privé et voit confirmées ses craintes, son équilibre bascule. Entre fantasme et réalité, elle invente alors des rituels où elle poignarde son mari, nuit après nuit, pour lui faire expier ses incartades. Prise en charge par le psychiatre Charles Martin à la demande de son supérieur Luc Craig, un ami du couple Chevrier-Lacroix qui craint un passage à l'acte, la belle vénéneuse présente tous les symptômes d'une relation symbiotique. Un cas en or pour le chercheur spécialisé en... jalousie.

Mais le Dr Martin, qui ressent d'emblée pour Cécile Chevrier un dangereux mélange d'attirance et de malaise, aura du mal à gérer les éclats de sa patiente explosive qui effectue bientôt un transfert amoureux sur son thérapeute. Jalouse jusqu'à la démence, Cécile échappe rapidement à son contrôle, prête à détruire tout sur son passage, mais certainement pas à en payer le prix. Maniaque, elle abattra ses cartes une à une, tissant sa toile — grossièrement, il faut l'avouer — autour du Dr Martin, qui devra répondre de ses actes devant les autorités policières.

Impossible d'en dire davantage sous peine d'éventer des rebondissements que le lecteur lui-même aura bien du mal à ne pas pressentir tant certains fils de l'histoire deviennent prévisibles au fur et à mesure que l'histoire progresse. Force est d'admettre en effet que le duo aurait eu avantage à passablement resserrer ses idées pour maintenir le rythme d'enfer promis d'entrée de jeu par Jalousie. Un défaut d'autant plus agaçant que le thriller est écrit dans un style généralement plus bavard qu'inspiré.

N'empêche que, lorsque le tandem Ouimet-Pons aborde, de front ou non, le thème fertile de la jalousie, les échanges deviennent proprement fascinants. Lui psychologue, elle psychanalyste, on sent alors toute l'autorité qu'une solide grille d'analyse peut apporter à un thriller.