Dire les deuils

Poète et romancière d’origine libanaise, Vénus Khoury-Ghata a publié au cours du printemps 2015 Le livre des suppliques, recueil de poèmes élégiaques (Mercure de France), et un récit à la deuxième personne du singulier, La femme qui ne savait pas garder les hommes, tous deux composés à la suite de la perte d’un être cher.

Devenue veuve pour la deuxième fois, Vénus Khoury-Ghata revoit le parcours des hommes qui ont partagé sa vie et qu’elle se sent coupable de n’avoir pas suffisamment aimés. À cause d’une vie dévouée à l’écriture qui laissait peu de place aux autres passions. Elle évoque ces « pages dressées comme des murs entre [elle] et les membres de [sa] famille ». Celle qui dit « écrire comme elle jardine » tente ainsi de « liquider un contentieux avec [elle-même] et son passé ».

Au contraire des « vrais romanciers », qui se mettent dans la peau de leurs personnages, elle dit n’être à l’aise qu’avec elle-même. Elle confie également que la rencontre avec la langue française reste le plus grand événement de sa vie : « Tu as découragé toute tentative de traduire tes livres dans ta langue maternelle débordante de sentiments. Austère, sobre, la langue française est ton garde-fou contre les dérapages. »

Subtil mélange de souvenirs d’enfance, d’évocation de lieux parisiens, des « amis écrivains qu’aucun homme ne pourra jamais remplacer », mais aussi du Mexique, où le second mari possédait une propriété, ce récit émouvant tente d’apprivoiser la solitude en proposant une suite de scènes échappées de l’oubli par une romancière qui sait que « le vécu ne prend sens qu’une fois écrit noir sur blanc ».

La femme qui ne savait pas garder les hommes

Vénus Khoury-Ghata, Mercure de France, Paris, 2015, 123 pages

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