Un congrès du PEN International à Québec

Le président actuel du PEN international, l’auteur canadien John Ralston Saul, passera le flambeau lors du congrès du PEN en octobre.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le président actuel du PEN international, l’auteur canadien John Ralston Saul, passera le flambeau lors du congrès du PEN en octobre.

Des centaines d’écrivains du monde entier, de l’Afghanistan à la Chine, en passant par l’Algérie ou les États-Unis, afflueront vers la ville de Québec à la mi-octobre pour participer au 81e congrès international du PEN Club. Ce sera l’occasion pour les délégués de réfléchir sur les entraves à la liberté d’expression, partout dans le monde. Ce sera aussi le moment, pour le président actuel du PEN international, l’auteur canadien John Ralston Saul, de passer le flambeau à un autre écrivain, tandis que le président du PEN-Québec depuis 15 ans, Émile Martel, cédera également son poste à quelqu’un d’autre.

C’est la deuxième fois dans toute l’histoire du PEN, qui est né entre les deux guerres en Europe, que le congrès annuel se tient au Canada.

Le PEN Club a été fondé à Londres en 1921. Les premières rencontres, autour d’un repas, réunissaient entre autres les écrivains Joseph Conrad, George Bernard Shaw et H.G. Wells.

La formule, qui vise à défendre la liberté d’expression des journalistes, a rapidement fait des petits. Des clubs PEN ont été inaugurés partout dans le monde, du Mexique à la Chine. Dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale, le PEN organise un débat auquel participent des écrivains juifs allemands exilés. Durant la guerre civile espagnole, le PEN a réussi, par ses pressions sur les franquistes, à sauver de la mort Arthur Koestler. Il ne pourra cependant que constater l’assassinat de Frederico Garcia Lorca par les milices franquistes.

Présentement, quelque 200 écrivains par année sont assassinés à cause de leurs écrits. Quelque 900 sont privés de leur liberté d’expression d’une manière ou d’une autre.

Et la majorité des écrivains assassinés ne l’ont pas été par des terroristes animés de fanatisme religieux, relève John Saul, même si plusieurs ont en tête l’assassinat des membres de Charlie Hebdo l’hiver dernier. La plupart sont en fait tués par des chefs d’État, des policiers, des soldats, des membres du crime organisé ou d’organisations reliant toutes ces instances, dit-il.

Et la tendance veut que l’on assassine plus rapidement qu’on emprisonne, soutient-il.

Certains délégués doivent faire preuve de beaucoup de courage pour participer à ce congrès du PEN, ajoute M. Saul. Les débats tenus par l’assemblée des délégués ne sont d’ailleurs pas publics.

Les réunions du Pen Club ont d’ailleurs déjà été l’objet d’espionnage, relève M. Saul.

Le PEN international, qui compte des clubs dans 70 pays, s’apprête à accueillir deux nouveaux clubs membres, respectivement au Mali et en Mauritanie. Mais l’accès à l’éducation constitue un frein à la naissance d’écrivains hors de l’élite en sol africain, constate le président sortant. Le PEN international parraine donc différentes formations littéraires dans certaines écoles secondaires publiques d’Afrique. Outre les grands sujets d’actualité politique qui brident la liberté d’expression, le PEN s’intéresse entre autres à la lutte contre l’homophobie et à la survie des langues autochtones.

Le 81e congrès du Pen se déroulera cette année en conjonction avec le festival Québec en toutes lettres, qui se déploie sur le thème de la liberté d’expression.

À voir en vidéo