Le retour des vieux de la vieille

Fabien Deglise Collaboration spéciale
Planche tirée de «Vingt secondes», où l’on retrouve pour une dernière fois le personnage de Largo Winch.
Photo: Dupuis Planche tirée de «Vingt secondes», où l’on retrouve pour une dernière fois le personnage de Largo Winch.

C’est une rentrée sans trop d’audace et tout en valeurs sûres que se prépare à livrer l’univers de la bande dessinée cet automne, avec un retour en force et en groupe de plusieurs vieux de la vieille du 9e art : Astérix, Largo Winch, Paul, Corto Maltese… Ils s’annoncent avec leurs gros tirages, comme pour complaire des lecteurs qui, dans l’instabilité du présent, pourraient finalement trouver plaisir et réconfort auprès de ces vieux compagnons de divertissement.

Les attentes sont élevées, particulièrement pour Le papyrus de César (Albert René), deuxième essai de Jean-Yves Ferri et Didier Conrad, qui en 2013 ont repris l’écriture des aventures d’Astérix, le Gaulois, sur les traces de René Goscinny et Albert Uderzo. Astérix chez les Pictes, leur première marque sur ce territoire largement balisé, n’avait pas déçu. Ce 36e chapitre, loin des scénarios parfois douteux d’un Uderzo abandonné par le talent de Goscinny, pourrait en faire autant, en livrant une histoire dont on ne connaît pour le moment « que dalle », comme dirait un Armoricain.

Les auteurs ont dit qu’elle se jouait en Gaule, que des Romains prenaient des baffes et que l’ensemble allait traiter de sujets caractéristiques de notre société moderne. Des petits comiques, on le voit !

Autre complice de lecture : Paul, personnage dessiné par Michel Rabagliati et qui, avec sa jeune quinzaine d’années d’existence, revient se rappeler à notre bon souvenir avec Paul dans le Nord (La Pastèque), en octobre prochain.

Brique de 180 pages que l’auteur a fini de dessiner en juin dernier, ce huitième chapitre dans la vie de ce personnage en apparence sans histoire nous ramène dans la jeunesse du personnage, entre Paul au parc, où il rencontrait les scouts, et Paul a un travail d’été, où le bonhomme racontait son expérience dans un camp de vacances.

Le Québec vit au temps des Jeux olympiques de 1976, mais Paul vit plutôt, lui, au temps des hormones qui agacent et de la sève qui monte, pas juste dans les arbres, et ce, entre Montréal et les Laurentides, où ses nouvelles aventures se jouent principalement. Un titre attendu. Avec raison.

Paul est dans l’instabilité des sentiments. Corto Maltese, lui, après 20 ans d’absence, va plutôt se retrouver Sous le soleil de minuit (Casterman), titre d’une 30e aventure, qui reprend ici l’écriture de la vie de l’énigmatique marin là où son géniteur, l’Italien Hugo Pratt, l’avait laissé en quittant le monde des vivants en août 1995. Le scénariste espagnol Juan Diaz Canales — homme derrière Blacksad — et son compatriote Ruben Pellejero au dessin assurent le retour du personnage en le plaçant dans une Mandchourie sous protectorat japonais. C’est là que l’intrigue se joue sur les traces de Jack London… Intrigant.

Plus prévisible, mais pas forcément désagréable : Largo Winch ramène lui aussi sa fraise dans un Vingt secondes (Dupuis) de gloire qui complète le récit amorcé par le scénariste Jean Van Hamme dans Chassé-croisé l’an dernier. Il met aussi un point final à cette série que son auteur ne veut désormais plus poursuivre.

Dedans et pour un dernier tour de piste : de l’argent, les rues de Londres, la CIA et des groupes djihadistes. Il y a aussi des femmes avec des plastiques redoutables, de la franche camaraderie, les pectoraux du milliardaire baroudeur et toujours cette routine habituelle placée dans une trame narrative dynamique et redoutable qui va faire de cet objet, comme des 19 chapitres précédents, un autre plaisir coupable. Pour une dernière fois…