Dix promesses qui font envie

Danielle Laurin Collaboration spéciale
Marc Séguin publie «Nord Alice».
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Marc Séguin publie «Nord Alice».

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

On dirait qu’un vent de forte intensité s’apprête à souffler sur la littérature québécoise. Outre Le parfum de la tubéreuse (Alto) d’Élise Turcotte, dont il a été question dans nos pagesrécemment, voici dix titres qui se démarquent, ceux qu’on voudra lire à tout prix. Tiendront-ils leurs promesses ?


Chemin Saint-Paul, de Lise Tremblay

Prix du Gouverneur général en 1999 pour La danse juive (Leméac) et Grand Prix du livre de Montréal en 2003 pour La héronnière (Babel), l’auteure propose un récit inspiré de la vie de ses parents. Alternant entre la mère en établissement psychiatrique à qui elle rend visite et le père mort un an auparavant qu’elle a accompagné jusqu’à la fin, la fille fouille leur sombre passé en tentant de saisir d’où elle vient, et où elle va (Boréal, septembre).

 

Nord Alice, Marc Séguin

Et de trois. Après La foi du braconnier, Prix littéraire des collégiens 2010, et Hollywood (tous deux chez Leméac), le nouvel opus du peintre écrivain connu pour brasser la cage des convenances est on ne peut plus attendu. Nous sommes au Nunavik, auprès d’un chirurgien en déroute. Tout est possible (Leméac, octobre).


Les enfants de Liverpool, d’Hugues Corriveau

Trentième ouvrage de ce romancier, poète, nouvelliste et essayiste maintes fois primé, aussi notre collègue critique de poésie. Ça s’annonce dur, implacable. Et risqué. Le point de départ : un fait vécu, horrible. L’assassinat d’un petit garçon par deux enfants, à Liverpool, en 1993 (Druide, septembre).

 

Les maisons, de Fanny Britt

Premier roman de cette dramaturge d’exception, auteure d’un livre hors-norme sur la maternité et du très remarqué Jane, le renard et moi (La Pastèque), illustré par Isabelle Arsenault. Une chanteuse classique convertie en agente immobilière, mère de trois fils adorés, choyée par son amoureux… et torturée par un ancien amour : c’est ce qu’on sait pour l’instant de l’héroïne de l’histoire. On se doute bien que l’auteure ne va pas la ménager (Cheval d’août, octobre).

 

Au péril de la mer, de Dominique Fortier

Toujours surprenante, inventive, celle qu’on a découverte avec Du bon usage des étoiles (Alto) en 2008 nous transporte avec ce quatrième roman dans l’abbaye du Mont-Saint-Michel, où vont se rencontrer un peintre du XVe siècle et une écrivaine d’aujourd’hui (Alto, septembre).


Le parfum de Janis, de Corinne Larochelle

Premier roman de cette poète qui a aussi signé un recueil de nouvelles. Nous voici au Portugal, où la narratrice, loin des siens, tente de faire le point sur sa vie. C’est toute son histoire familiale qui remonte, par petites touches, depuis l’enfance. Avec, au centre, la mère, inconsolable (Cheval d’août, septembre).

 

La femme qui fuit, d’Anaïs Barbeau-Lavalette

La cinéaste-écrivaine marche dans les pas de son énigmatique grand-mère maternelle, Suzanne, autrefois proche des signataires du Refus global et conjointe du peintre Marcel Barbeau. Qui était cette femme qui a abandonné ses deux jeunes enfants, dont la mère de l’auteure, Manon Barbeau, réalisatrice du percutant documentaire Les enfants du Refus global (Marchand de feuilles, septembre) ?


Je ne tiens qu’à un fil mais c’est un très bon fil, de Sylvie Laliberté

Après son troublant et touchant Quand j’étais italienne (Somme toute), l’artiste multidisciplinaire poursuit de façon ludique sa quête identitaire. Plongées dans l’enfance, petits riens du quotidien. Mais, aussi, confrontation avec la vieillesse du père aujourd’hui. Le tout parsemé de photos personnelles (Somme toute, septembre).

 

Le nid de pierre, de Tristan Malavoy

Longtemps à la tête des pages culturelles du journal Voir, poète, musicien, parolier et éditeur de Quai no 5 (XYZ), ce surdoué sans frontières à la sensibilité palpable s’essaie maintenant au roman. Parions que ce sera loin d’être ordinaire (Boréal, novembre).


Madame Victoria, de Catherine Leroux

Prix France-Québec pour son deuxième roman, Le mur mitoyen (Alto), cette auteure nous a habitués aux romans éclatés. Mais à ce point ? La romancière invente différentes vies, de plus en plus farfelues, à une femme dont le corps a été découvert en 2001 (Alto, septembre).

Tour d’horizon

Parmi les valeurs dites sûres, gros noms et écrivains au long cours, figurent Marie-Claire Blais, Antonine Maillet, Gilles Archambault… et Michel Tremblay, qui clôt sa saga des Desrosiers avec La traversée du malheur (Leméac, octobre). Marie Laberge, de son côté, signe un roman qui tourne autour du suicide, de ses effets dévastateurs chez les proches : Ceux qui restent (Québec Amérique, octobre).

Parmi les auteurs qui pourraient nous surprendre : France Théorêt, Stéphane Dompierre, Aki Shimazaki, René-Daniel Dubois, Jean-François Beauchemin, Jean Bédard et Maxime Olivier Moutier. À noter tout particulièrement : Louise Portal qui, dans Pauline et moi, revient sur sa relation tumultueuse avec sa jumelle disparue (Druide, septembre).

Retour annoncé aussi de Gilles Pellerin, Pierre Yergeau, Rober Racine, Marie Auger, Marie-Célie Agnant, Andrée Laurier, Annie Loiselle et Michel Jean, qui nous transporte encore une fois dans le Grand Nord avec La belle mélancolie (Librex, septembre). Mention spéciale pour l’écrivaine, anthropologue et musicienne d’origine palestinienne Yara El-Ghadban, qui signe avec Le parfum de Nour un roman de l’exil (Mémoire d’encrier, septembre).

Plusieurs nouveaux venus dans la sphère romanesque, dont la comédienne Sylvie Drapeau, le dramaturge Philippe Ducros, le scénariste Paul Mainville, le poète Mario Cholette. Aussi : le directeur du World Press Photo Montréal, Yann Fortier. Et le collègue Gabriel Marcoux-Chabot, alias la Banane rebelle du printemps chaud de 2012, dont le Tas-d’roches semble vouloir embrasser large (Druide, août).

D’autres auteurs, jusqu’ici inconnus, s’annoncent prometteurs, parmi lesquels Daniel Grenier, avec L’année la plus longue (Le Quartanier, août), et David Bouchet, qui retrace dans Soleil le parcours d’un jeune Sénégalais transplanté à Montréal (La Peuplade, septembre). On mise aussi sur Éloi et la mer, de Karine Geoffrion (Sémaphore, août). Et puis on a bien l’intention de suivre Sara Lazzaroni, Samuel Larochelle et Emmanuelle Cornu, qui en sont à leur prise deux.