Dworkin, Agamben et réflexions actuelles

Renaud Lussier Collaboration spéciale
Giorgio Agamben offre le dernier volet de la série intitulée «Homo sacer».
Photo: Agence France-Presse Giorgio Agamben offre le dernier volet de la série intitulée «Homo sacer».

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Violence et non-violence, désobéissance et loi, métaphysique et écologie, hommages aux maîtres en allés. La saison, en philosophie, embrasse large.
 

On verra ainsi arriver un premier essai en français consacré à l’ensemble des travaux de Ronald Dworkin, décédé en 2013. Alain Policar y fait ressortir l’unité d’une oeuvre majeure, engagée, dans laquelle l’ancien professeur à l’Université de New York discute de l’objectivité de la morale, et du lien entre la morale, le droit et le politique (Ronald Dworkin. La valeur de l’égalité, CNRS).

Dans L’usage des corps. Homo sacer, IV, 2 (Seuil), Giorgio Agamben offre le dernier volet de la série intitulée Homo sacer, en référence à ces hommes « sacrés », condamnés par le droit romain archaïque, que l’on pouvait tuer sans craindre la loi. Les concepts de biopolitique, d’exclusion et de pouvoir souverain sont au centre de la démarche du penseur italien qui, à travers ce projet amorcé il y a une vingtaine d’années, cherche à « mieux cerner les fondements et les apories de la politique occidentale ».

Quelles réponses les philosophes français ont-ils apportées à la question de la violence ? Marc Crépon et Frédéric Worms se le demandent dans La philosophie face à la violence (Équateurs). Et si le bien demeure l’une des préoccupations majeures de la philosophie depuis les Grecs, il peut aussi nous aider à réfléchir à son opposé absolu, comme le propose Olivier Dhilly (Penser le mal aujourd’hui, Robert Laffont).

Lumières et modernité

Les thèmes de la non-violence et de la désobéissance sont à l’étude dans un essai d’Hourya Bentouhami-Molino. L’auteure de Race, cultures, identités (2015) s’intéresse à présent à la résistance en adoptant, également dans ce plus récent ouvrage, toujours publié aux PUF, une « approche genrée et postcoloniale » (Le dépôt des armes. Non-violence et désobéissance civile).

Pour Nuccio Ordine, lire ou relire les grands penseurs et écrivains est loin d’être futile. Dans Une année avec les classiques (Les Belles Lettres), l’auteur de L’utilité de l’inutile (2014) nous revient avec une sélection d’extraits commentés, parus l’an dernier dans l’hebdomadaire italien Sette.

Le XVIIIe siècle n’est pas la seule période de l’histoire à avoir été éclairée par les Lumières. Pierre Bouretz le souligne dans un livre sur cet exégète et médecin juif du XIIe siècle, Moïse Maïmonide, qui est l’une des grandes figures de la philosophie médiévale, dans Les Lumières du Moyen Âge. Maïmonide philosophe (Gallimard).

Chez Hermann, Richard Scholar, professeur de littérature française à Oxford, se demande si on peut voir en Montaigne un Don Quichotte des lettres (Montaigne libre penseur) et, dans Vie et mort des nations (Gallimard), Alain Pons se penche sur l’histoire de l’humanité et le destin des nations selon Giambattista Vico, auteur du traité Science nouvelle (1744).

Parmi les propositions intrigantes, retenons celle de la philosophe Anne Cauquelin, qui voit les constructions théoriques comme les machines que l’on fabrique, que l’on rend utiles et dont on cherche à décrypter les mécanismes (Les machines dans la tête, PUF). Avec Laurent de Sutter, une réflexion inusitée est au programme : le droit n’est-il pas « la dernière manifestation de la magie dans un monde qui croyait pouvoir s’en passer » (Magic. Une métaphysique du lien, PUF) ?

Les éditions du Seuil publieront d’un seul coup les trois tomes de Histoire des sciences et des savoirs, qui retrace l’évolution des connaissances scientifiques en les situant dans leurs contextes, de la Renaissance au « siècle des technosciences ». Autre ouvrage de référence qui attire l’attention : le Dictionnaire de la pensée écologique (PUF) dirigé par Dominique Bourg et Alain Papaux.

Notons aussi au passage, dans le champ en plein développement de la philosophie de l’environnement, le livre de Catherine Larrère dans lequel elle montre que « si les problèmes environnementaux sont devenus globaux, ils menacent les humains de manière inégale » (Les inégalités environnementales, PUF).

Parmi les nouvelles traductions, on pourra lire chez Gallimard la Correspondance philosophique de Ludwig Wittgenstein, des lettres écrites entre 1911 et 1951, dont ses échanges avec Bertrand Russell ou encore avec l’économiste John Maynard Keynes. Toujours chez Gallimard, retenons aussi La métaphysique de l’idéalisme allemand, de Martin Heidegger.

Les PUF ont mis la dernière main à la publication des Oeuvres complètes de Freud en préparant pour cet automne la sortie du volume 1 (1886-1893), le vingtième ouvrage de la série. Notons en terminant que les éditions Robert Laffont feront paraître, sous la direction de Sarah Contou Terquem, le Dictionnaire Freud, une porte d’entrée de plus dans l’univers du père de la psychanalyse.

À surveiller

Le temps de la consolation, de Michaël Foessel (Seuil). Une histoire des vertus consolatrices de la philosophie.

La réputation, de Gloria Origgi (PUF). L’étude d’un phénomène qui prend une toute nouvelle dimension dans nos sociétés.

Nous, sujets humains, d’Alain Touraine (Seuil). Le regard d’un grand sociologue sur le monde qui est le nôtre.

Devenir humain, dirigé par Yves Coppens (Autrement). Une approche multidisciplinaire pour tenter de mieux comprendre la nature de l’homme.