Penser, c’est remettre en question

Michel Lapierre Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le massacre dans les bureaux de Charlie Hebdo à Paris, les assassinats perpétrés par État islamique au Proche-Orient et les atrocités commises ailleurs au nom du Coran suscitent une réflexion sur la liberté d’expression et la laïcité. Ils provoquent aussi, à l’heure où les réfugiés d’un monde musulman frappé par la guerre affluent désespérément vers une Europe embarrassée, un refus de réduire l’istlam au djihad et de négliger l’intercompréhension.

Aux Liens qui libèrent, deux essais attirent d’emblée l’attention. Lettre ouverte au monde musulman fait le pont entre les deux cultures auxquelles l’auteur de 44 ans, Abdennour Bidar, musulman né en France, se rattache, l’européenne et l’islamique, en exigeant de chacune une remise en question pour mieux partager l’universel. Quant à Fraternité, j’écris ton nom !, l’altermondialiste français Patrick Viveret y souligne que la solidarité planétaire compte encore plus que la diversité culturelle.

La peur de l’islam (L’Aube), entretiens du politologue Olivier Roy avec Nicolas Truong du journal Le Monde, met l’accent sur le drame du nihilisme générationnel chez les musulmans d’Europe. Aux éditions Omnibus, l’historien Denis Lefebvre et le dessinateur Plantu dressent une anthologie universelle et historique de la tolérance, Quelle connerie la guerre !, et l’historien Bruno Fuligni, une anthologie de la laïcité en France (1789-2015), Dieu au parlement.

De son côté, l’économiste Éric Maurin s’attaque, dans La fabrique du conformisme (Seuil), au mythe de l’atomisation d’une société folle d’individualisme à la suite de l’effacement en Occident des grandes normes religieuses et politiques. D’après lui, la tendance à suivre les autres n’en serait devenue que plus insidieuse. Le sociologue Nicolas Duvoux scrute un autre mythe dans Les oubliés du rêve américain (PUF), dont le sous-titre est très parlant : Philanthropie, État et pauvreté urbaine aux États-Unis.

 

Il était temps qu’un témoin de l’intérieur fasse un bilan de la débâcle financière mondiale de 2008 et de ses suites, comme la faillite de la Grèce et la crise de l’euro. Président de la Réserve fédérale américaine de 2006 à 2014, Ben S. Bernanke s’emploie à cette tâche dans Mémoires de crise (Seuil). Le monde est clos et le désir infini (Albin Michel), de l’économiste Daniel Cohen, invite à méditer sur la religion du progrès indéfini qui se heurte aux limites de la croissance.

Se concentrant spécialement sur l’Hexagone, Journées particulières (Flammarion), de la journaliste Laure Adler, revisite la vie de François Mitterrand. L’ineffaçable trahison (Plon), de Jean-François Kahn, traite d’un autre président socialiste français, François Hollande, cette fois sur un ton polémique. Dans Conversations d’un enfant du siècle (Grasset), Frédéric Beigbeder réunit ses « interlocuteurs » de 1999 à 2014, d’Umberto Eco à Catherine Millet, de Françoise Sagan à Charles Bukowski.

Événement littéraire : La Découverte publie À travers la mort, la partie inédite (1886-1890) des Mémoires de l’anarchiste et féministe française Louise Michel (1830-1905). La rencontre de la littérature et du combat social a lieu aussi dans le livre d’Emmanuel Roux : George Orwell. La politique de l’écrivain (Michalon), comme si la démystification était non seulement une audace, mais surtout un art.

À surveiller

Contre l’empire de la surveillance (Galilée), d’Ignacio Ramonet avec la collaboration de Julian Assange et Noam Chomsky.Les gouvernements menaceraient la vie privée en espionnant téléphones intelligents, tablettes, ordinateurs…

La Déconnomie. Quand l’empire de la bêtise surpasse celui de l’argent (Seuil), de Jacques Généreux. La théorie économique dominante serait absurde et les politiques anticrise aggraveraient la crise.