Les ventes de livres québécois ont explosé

La librairie Olivieri, à Montréal. Tant dans les grandes chaînes que dans les librairies indépendantes, la suggestion de titres a été la manière d’annoncer le 12 août.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La librairie Olivieri, à Montréal. Tant dans les grandes chaînes que dans les librairies indépendantes, la suggestion de titres a été la manière d’annoncer le 12 août.

L’appel à acheter un livre québécois le 12 août dernier a été entendu par des milliers de personnes. Cette grande vague d’amour des mots écrits par des gens d’ici s’est matérialisée, de Facebook à l’explosion des ventes. Durant ce mercredi, les ventes d’ouvrages québécois ont doublé, voire triplé dans le cas de la littérature.

Les données recueillies par la Société de gestion de la Banque de titres de langue française (BTLF) montrent ainsi que les ventes enregistrées cette journée dépassent globalement de 107 % les quatre mercredis précédents. Sans pouvoir préciser le nombre de titres vendus, Christian Reeves de la BTLF a expliqué au Devoir que l’échantillon scruté comporte les grandes surfaces, certaines chaînes, des librairies indépendantes ou coopératives ainsi que des papeteries.

Partout dans les librairies, on confirme que cet élan s’est traduit par une augmentation fulgurante des ventes. Jusqu’à cinq fois plus qu’une journée normale d’été à la Librairie Raffin sur la rue Saint-Hubert. « Le chiffre d’affaires se compare à une journée de décembre », soit la meilleure période de l’année, indique le libraire Louis Gagné.

À Rosemère, certaines tablettes de la librairie Carcajou « faisaient pitié à la fin de la journée », rapporte Stéphanie Deguire, un heureux signe pour une fois. L’une de ses libraires, Line Miron, se dit aussi surprise de cet achalandage, au-delà de toute espérance « étant donné la situation économique », et jusqu’à deux fois supérieur à 2014.

En ligne, le site collectif des libraires indépendants a fracassé un record en enregistrant sa meilleure journée depuis l’apparition du site transactionnel. En 24 heures, leslibraires.ca aura réalisé l’équivalent des ventes de neuf journées.

Un succès que beaucoup attribuent au bouche-à-oreille, dont le bourdonnement virtuel a redoublé cette année. Sur la page Facebook « Le 12 août j’achète un livre québécois », seul ancrage de l’événement, 12 000 personnes avaient manifesté leur intention de participer. Bien au-delà du jour désigné, on continue à y publier des égoportraits pour montrer les pages choisies.

Simplicité et spontanéité

Pour Amélie Dubé, elle-même auteure et co-instigratrice du mouvement « spontané », cet achat est avant tout « un geste positif à poser pendant les vacances ». L’envie de se faire un cadeau, « quand on a encore du temps pour soi ». C’est cette même simplicité qui aura transformé l’idée folle, surgie tard un soir en discutant avec Patrice Cazeault, en un happening de notre littérature.

« On voulait tout simplement montrer que les auteurs québécois reprennent la place qui leur revient, stimuler leur visibilité », explique Mme Dubé. Les deux écrivains à l’origine de la première édition, en 2014, se sont dits touchés par la grande réussite.

Et pour la suite ? « C’est confidentiel », rigole-t-elle. Chose certaine, on veut éviter la récupération trop commerciale ou institutionnelle d’un 12 août improvisé. Éric Simard, propriétaire depuis quelques mois de la Librairie du Square, met en garde contre la tentation d’en faire un « Halloween des libraires ». « Je ne voudrais pas que l’événement devienne trop formaté. Les gens répondent à l’appel comme si c’était un jeu et je trouve ça beau », résume M. Simard.

C’est aussi une occasion de faire apprécier le travail de recommandation des libraires. Tant dans les grandes chaînes que dans les librairies indépendantes, la suggestion de titres a été la manière d’annoncer le 12 août.

Une journée qui s’inscrit d’ailleurs en faux de la tendance générale à la baisse dans les ventes de livre. En 2014, l’Observatoire de la culture et des communications du Québec notait des ventes annuelles les plus faibles depuis 2001, une tendance confirmée par les quatre premiers mois de 2015.

2 commentaires
  • Jacques Morissette - Inscrit 20 août 2015 05 h 20

    Un beau geste qui devrait encourager la récidive.

    Une bonne nouvelle qui ne va malheureusement durer que le temps de cet appel. L'achat d'un livre bien choisit, selon un certain besoin, est le chemin à prendre vers une certaine liberté citoyenne.

  • Colette Pagé - Inscrite 20 août 2015 10 h 12

    L'importance du Livre !

    L'importance du Livre, l'importance de la continuité du livre dans la culture ; l'importance pour notre existence - à la fois quotidienne, spirituelle et métaphysique - du livre pour nous ressourcer sans cesse. Selon Georges Steiner interrogé par Laure Adler dans "Un Long Samedi" la lecture demande certaines préconditions assez spéciales :

    D'abord elle présuppose beaucoup de silence. Le silence est devemue la chose la plus chère, la plus luxueuse du monde. Dans nos villes, le silence s'achète à prix d'or. Que disent les chiffres : 85 % des adolescents ne peuvent pas lire sans qu'il n'y ait de la musique ou le bruit de la télévision. Personne ne peut lire un texte sérieux dans ces consitions.

    Deuxième condition : un certain espace privé. L'auteur ajoute : C'est un scandale la mort de la lecture à haute voix aux enfants et même entre adultes. Les grands textes sont souvent faits pour être lus à haute voix tels que les Fables de la Fontaine par Patrice Luchini.

    La troisième condition c'est d'avoir des livres, une collection de livres qui ne sont pas empruntés est crucial. Pourquoi ? Parce qu'il faut avoir un crayon à la main. Il faut prendre des notes, il faut souligner en écrivant dans la marge : "Quelle bêtise ! Quelles idées ! Il n'Y a rien de plus passionnant que les notes marginales. C'est un dialogue vivant. Érasme a dit : "Celui qui n'a pas de livres déchirés, ne les a pas lus.