Dans les nuits sexe-cuir

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C’est bel et bien à la quête d’une « érotique mystique » que nous sommes conviés dans ce projet de Jean Chapdelaine Gagnon, Hallali, qui va du corps au corps, d’une déception à une apothéose, d’un plaisir inassouvi à une insatiable concupiscence. « Des nuits / à ne chercher rien / que la mort secourable / d’un bar à l’autre jusqu’au point / du jour. » Or, si l’authenticité du ton ne se dément jamais dans ce recueil aux confidences répétées, jamais pourtant ne se départit-on d’un sentiment de déjà-vu, entendu ou lu, tellement sont forcément clichés les périples nocturnes dans tous lieux plus ou moins clandestins, qu’ils soient gays ou pas.

Dès les premiers essais, « l’apprenti jouisseur / reste inassouvissable. » Ce dernier nous propose une autobiographie qui traverse le temps, qui inscrit les premiers apprentissages survenus autour de l’année olympique (sorte de métaphore discrète des exercices physiques). Le narrateur de cette poésie s’applique à nous faire sentir au plus près son immersion comme proie vivante au coeur de ce marché de la chair vive, dans ces échanges éphémères qui troublent à la fois les corps et l’esprit.

Continent noir

 

Il ne craint pas le glauque suant des sous-sols où la pierre saigne, humide des miasmes et des liquides jaillissants, frémissante des fièvres qui mettent les corps à la chaîne et aux orgies, lieu « trempé du lait / des petites morts galvaudées ». Rien pourtant de pornographique, plutôt allusifs les attouchements et les fornications, l’intérêt du poète venant plutôt de son besoin de faire ressentir le désarroi d’un profond et inéluctable isolement.

Ce recueil a ce ton qui laisse un goût amer en soi, qui s’insinue de telle sorte que la quête dont on nous parle prend les apparences tragiques d’un leurre qui renvoie le lecteur à une imparable solitude : « La tête ne distingue plus / du bas-ventre l’entrejambe / s’enlise dans le magma / de l’inexistence // L’objet du désir possédé / rejeté / invalide l’homme / comme n’importe quel / produit de foire / postmoderne. »

Bien peu d’espoir alors que s’épanouisse quiconque veut trouver une réconciliation en passant par les aléas des pulsions. Bien impossible paraît alors le salut qui rendrait viable la projection de sa propre réalisation en un autre idéalisé. Les relations provoquent plutôt des échanges de fluides, des plaies saignantes dont les traces dessinent des barreaux et des liens forcément oppressants.

Écriture juste pour ce recueil qui appelle des âmes bien trempées, des lecteurs capables de dépasser le désespoir sous-jacent des textes pour atteindre cette lucidité nécessaire à la vérité toute crue.

Hallali

Jean Chapdelaine Gagnon, Le Noroît, Montréal, 2015, 80 pages

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