Tout doit disparaître, Jean-Bernard Pouy

Les lecteurs de moins de 30 ans connaissent peu Jean-Bernard Pouy et c’est bien triste. En plus d’être à l’origine de la délirante aventure du Poulpe — un personnage, de multiples auteurs —, celui qui a représenté le renouveau du polar français au début des années 1980 a pourtant une oeuvre immense derrière lui. En adoptant ses nouvelles couleurs, la Série noire a voulu lui rendre hommage en republiant dans ce gros livre irrésistible cinq de ses histoires. Cinq livres denses d’un peu plus de 125 pages chacun, écrits de main de maître et mettant en scène des personnages aussi étonnants qu’exaspérés — d’où le titre général — et proposant des histoires atteignant des niveaux de fébrilité qu’on ne rencontre pas souvent. Ce sont des livres qui ont tous fort bien vieilli et dont la qualité et la richesse d’écriture vous frapperont tout de suite si vous n’avez pas le bonheur de connaître Pouy ; quant aux habitués, ils se délecteront du plaisir retrouvé. N’empêche que deux histoires se détachent du lot : L’homme à l’oreille croquée (1987) et RN 86 (1992). Dans ces deux cas, comme dans toutes les histoires d’ailleurs, on sera étonné par la vivacité et la qualité exceptionnelle des descriptions, par la profondeur des personnages esquissés en si peu d’espace et par la force de l’intrigue, qui parviendra à vous jeter par terre. Un cadeau à se faire…

Tout doit disparaître

Jean-Bernard Pouy, Gallimard, Série noire, Paris, 2015, 700 pages

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