À Eastman, les Correspondances voient jeune

Une brise, un vent presque, souffle sur les 13es Correspondances d’Eastman et leur apporte une deuxième jeunesse.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Une brise, un vent presque, souffle sur les 13es Correspondances d’Eastman et leur apporte une deuxième jeunesse.

Les Correspondances d’Eastman, dont la 13e édition pointe à l’horizon, semblent sur la voie du renouvellement. La fête habituelle, si populaire, demeure, qu’il s’agisse de disperser dans le village des « jardins et chambres d’écriture » ou de programmer pendant quatre jours des rencontres avec des auteurs. Cependant, une brise, un vent presque, souffle sur l’événement et lui apporte une deuxième jeunesse.

Déjà, le thème de la programmation, « Enfances », invite au ressourcement. La cohorte d’écrivains des nouvelles générations annoncée dans l’un ou l’autre des dix cafés littéraires, les Perrine Leblanc, Simon Boulerice, Geneviève Pettersen, Deni Yvan Béchard (et ce n’est qu’une partie des invités), confirme l’impression. Les Correspondances d’Eastman n’auront jamais été si près de jouer les défricheurs.

« Il paraît que la moyenne d’âge des écrivains invités n’avait jamais été si basse », dit Étienne Beaulieu, dont la propre carrière est, disons, encore jeune. Auteur, professeur, cofondateur des cahiers Contre-jour, il a reçu en 2014 le prix Alfred-Desrochers pour son récit Trop de lumière pour Samuel Gaska.

C’est cette distinction qui lui a ouvert les portes du festival littéraire d’Eastman. Il n’y était jamais venu comme participant, et le voici affublé d’une grande responsabilité : directeur de la programmation. C’est lui qui a choisi les auteurs qui passeront dans ce coin bucolique de l’Estrie (pas que des jeunes, aussi les Robert Lalonde, Herménégilde Chiasson, Denise Desautels d’expérience), c’est lui qui a choisi le thème de l’enfance.

« Des enfances, au pluriel, note-t-il. Ce sont plusieurs enfances qui se vivent. C’est un thème rassembleur, qui ouvre la voie à des remises en question. Est-ce que la littérature au Québec est toujours obsédée par les enfants ? L’enfance est-elle encore le moteur de l’oeuvre, comme chez [Réjean] Ducharme ? »

Recommencements

Plonger dans cette thématique par la voie de la littérature actuelle permet, selon lui, de découvrir des enfances migrantes, des enfances problématiques, bien des enfances peu « idylliques ».

Le nouveau directeur de la programmation, qui succède à Bruno Lemieux, voit chez Geneviève Pettersen, la blogueuse devenue écrivaine (La déesse des mouches à feu), le souhait de tout effacer pour mieux recommencer.

Le passage à l’âge adulte lui apparaît un discours nécessaire, qu’il retrouve chez Nicolas Lévesque (Le peuple et l’opium). Le psychologue et essayiste sera de la table ronde intitulée « Encore le roman familial », avec à ses côtés Patrick Nicol (Les cheveux mouillés) et Perrine Leblanc (L’homme blanc).

Étienne Beaulieu dit avoir choisi des auteurs dont l’oeuvre lui paraissait importante, par leur « résonance actuelle ». Le goût de faire découvrir des plumes y était aussi.

« La littérature est bouillonnante. Je remarque que le Québec a de très grands auteurs en devenir, ils naissent sous nos yeux », commente-t-il. À ce titre, il cite le poète François Turcot (Mon dinosaure), l’écrivain type qui « mérite d’être connu du grand public ».

Il n’y a pas que du nouveau dans les 13es Correspondances. Néanmoins, revenir sur Jacques Ferron (1921-1985) se fait avec l’intention d’y jeter une nouvelle lumière.

Chez Ferron, l’enfance « plus sauvage, peu adaptée à notre monde, est une zone interlope de l’expérience humaine », résume Étienne Beaulieu, avant de se montrer plus alarmant.

« J’ai l’impression qu’on est en train d’oublier Ferron », craint celui qui a invité l’actrice Johanne-Marie Tremblay à lire L’amélanchier de l’écrivain décédé il y a 30 ans.

Le spectacle sera accompagné de la projection de Tinamer (1988), film de Jean-Guy Noël adapté de L’amélanchier. « C’est un film qui a été très mal reçu. Il est arrivé avec des effets spéciaux à un moment où on n’en avait que pour la lumière pure. Les temps ont changé et je crois qu’on peut le voir différemment », juge Étienne Beaulieu.

L’auteur et éditeur souhaite diriger pendant plusieurs années les Correspondances. Pour l’année prochaine, déjà, il a en tête un autre thème québécois à revisiter : le paysage.

Les 13es Correspondances d’Eastman se déroulent du 6 au 9 août.

Ce sont plusieurs enfances qui se vivent. C'est un thème rassembleur, qui ouvre la voie à des remises en question.

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