Le mirage italien de François 1er

François 1er
Photo: Domaine public François 1er

C’est sous François 1er que la France entre au Nouveau Monde. Le monarque phare de la Renaissance commandite d’abord les explorations de Verrazzano et de Cartier. Il confie ensuite à l’un de ses protégés, le sieur de Roberval, la première tentative de colonisation du Canada sur la rivière Cap-Rouge. En dépit de son importance, l’héritage américain du Valois ne figure pas au sein de l’imposantebiographie que lui consacre Didier Le Fur.

Le Nouveau Monde est une préoccupation « extrêmement secondaire » pour le roi né deux ans après la découverte de l’Amérique, soutient l’historien français. Monté sur le trône en 1515, François 1er est plutôt obsédé par la péninsule italienne, où il mène des armées bigarrées constituées de mercenaires allemands, italiens et suisses. Les combats livrés dans le berceau de la Renaissance sont particulièrement sanglants. On dénombre ainsi près de 16 000 morts sur les 50 000 soldats engagés à la bataille de Marignan.

Diplomatie d’antan

La guerre occupe la moitié du règne. D’abord victorieux, François 1er est vaincu à la bataille de Pavie de 1525, où il est capturé par les troupes de Charles Quint. Pour obtenir sa libération, le captif devra livrer à l’empereur ses deux fils de 7 et 8 ans. Ces otages ne regagneront la France que quatre ans plus tard, leur père n’ayant pas honoré les concessions territoriales exigées.

L’ouvrage de Didier Le Fur nous entraîne dans les méandres diplomatiques de la Renaissance. Il détaille notamment le projet de croisade contre les Turcs que le pape souhaite confier au Valois. Ce dernier n’hésitera pas toutefois à s’allier avec les « hérétiques » afin de contrebalancer la puissance de Charles Quint.

« François 1er est l’un des seuls rois de France avec Henri IV et Louis XIV à avoir encore droit à la une de magazines d’actualité », observe Le Fur, qui s’est donné pour mission de « décrasser ce personnage et son règne des légendes aigres ou douces qui les habillent toujours ». L’auteur s’attaque ainsi au « souvenir fantasmé » de celui que l’on a qualifié de « roi chevalier », de « prince galant » et de « protecteur de la langue française ».

C’est un bilan mitigé que dresse le biographe du Valois emporté par la maladie en 1547. « S’il rêva de grandeur, c’est parce que sa position à la tête de la France, principale puissance politique et économique de l’Europe, le lui permettait, écrit Le Fur. Un rêve expansionniste que d’autres monarques français eurent également après lui, et qui fut aussi celui de la République. »

Au final, le legs le plus durable de François 1er se trouve sans doute dans cette Nouvelle-France implantée sur les terres découvertes par Jacques Cartier.

François 1er

Didier Le Fur, Perrin, Paris, 2015, 1024 pages

1 commentaire
  • Bernard Terreault - Abonné 26 juillet 2015 08 h 18

    Verrazano ?

    Verrazano, commandité par la France, a le premier exploré la côte des ÉU, dont New York. Si la France avait poursuivi en colonisant cette contrée, "la face du monde eût été changée". J'ai des fois l'impression que la vie est finalement si douce en France que les français ont moins tendance à émigrer que les Anglais, les Italiens, les Allemands, etc.