Le Canada entre Vichy et la France libre, Olivier Courteaux

Le régime de Vichy est « le meilleur gouvernement que la France ait jamais eu », écrit le directeur du Devoir Georges Pelletier dans un éditorial de 1941. Le successeur d’Henri Bourassa n’est pas le seul à apprécier les valeurs traditionalistes de Philippe Pétain, devenu le chef de l’État français dans la foulée de l’invasion allemande de l’année précédente. En 1942, le vieux maréchal obtient l’appui des trois quarts des Canadiens français, souligne Olivier Courteaux dans Le Canada entre Vichy et la France libre. Charles de Gaulle, cet « obscur général de brigade », ne reçoit que 33 % d’avis favorables. « Les milieux nationalistes lui sont franchement hostiles, écrit l’historien, ne se privant pas de le comparer, lui et ses partisans, à une bande de mercenaires à la solde de l’impérialisme britannique ! » Il en est tout autrement au sein de l’opinion publique canadienne-anglaise. La marge de manoeuvre de Mackenzie King est mince. En plus de devoir concilier les deux solitudes du pays, le premier ministre doit servir d’intermédiaire entre Londres et Vichy, dont la marine de guerre et l’empire sont convoités par les belligérants. Il lui faut également tenir compte de la méfiance du président américain Roosevelt envers le représentant de la France libre. Le général de Gaulle se souviendra longtemps de l’attitude ambiguë du Canada, observe Courteaux. « Il le prouvera avec éclat dans les années 1960. »

Le Canada entre Vichy et la France libre

Olivier Courteaux, Presses de l’Université Laval, Québec, 2015, 287 pages