Le beau tour de main

Le petit cercle de craie du Théâtre de la Tortue Noire
Photo: FIAMS Le petit cercle de craie du Théâtre de la Tortue Noire

Aussi inespérée qu’inattendue, la nouvelle est tombée il y a quelques mois : il y aura bel et bien un festival dédié à la marionnette et au théâtre d’objets à Saguenay cet été. Du 21 au 26 juillet — et malgré la retentissante faillite de Maniganses en 2013 —, le Festival international des arts de la marionnette de Saguenay (FIAMS) propose une treizième édition très fournie. À l’affiche : une bonne trentaine de spectacles, dont plusieurs gratuits pour toute la famille, et une dizaine de compagnies venues de l’étranger.

Comment expliquer ce retour en force qui paraissait impossible ?

Des choix et des priorités

 

À l’autre bout du fil, Benoît Lagrandeur et Dany Lefrançois répondent d’une même voix : « C’est tout le milieu ici qui a réagi. Personne n’acceptait de voir disparaître le festival qui nous a tous nourris et qui est à l’origine de l’existence de plusieurs compagnies de la région… comme de plusieurs carrières de comédiens et d’idéateurs. » Il faut savoir que le festival est présenté tous les deux ans depuis le début des années 1990 et qu’il a eu un impact majeur sur toute la région. À l’annonce de la faillite de Maniganses, expliquent les deux codirecteurs de l’événement, sept compagnies du coin se sont donc regroupées d’un même élan pour former un comité de relance.

« Il y avait trois approches possibles, raconte Lagrandeur, du Théâtre La Rubrique. Payer les dettes de Maniganses (ce qui était impossible puisque personne n’avait les moyens de le faire), fonder une nouvelle corporation qui aurait créé un nouveau festival (ce qui était un peu lourd et même un peu inutile), ou plutôt confier le FIAMS à un organisme porteur, bien impliqué dans le milieu, qui reprendrait le dossier ; c’est ce qu’a fait La Rubrique avec l’appui de toutes les compagnies de la région. » Et c’est ainsi que cette 13e édition du festival s’organise. Car l’appui s’est effectivement révélé massif, puisque les créanciers ont eux aussi endossé la poursuite du festival en arguant que c’était un attrait majeur pour toute la région… d’autant plus qu’il est maintenant présenté au beau milieu de l’été, en pleine saison touristique. Marché conclu.

Que réserve cette nouvelle mouture du Festival international des arts de la marionnette de Saguenay ? Dany Lefrançois, de la Tortue Noire, reprend. « Notre budget est plutôt modeste et il a fallu faire des choix. Donner priorité par exemple aux petites formes et les petites équipes, surtout à l’international, où nos tournées nous ont amenés à développer beaucoup de contacts [La Tortue Noire a tourné longtemps avec une remarquable version théâtre d’objets du Kiwi de Daniel Danis, que Le Devoir avait vu à Reims lors du festival Méli’Môme il y a quelques années…]. En fait, nous avons demandé à nos amis européens d’assumer d’une façon ou d’une autre leurs frais de déplacement en leur offrant l’accueil et l’hébergement une fois ici. »

Ce régime minceur se fait sentir aussi dans les salles qui accueilleront les spectacles : ce sont sensiblement les mêmes qu’à l’habitude… sauf les grandes. « C’est pour nous très positif, poursuit Lagrandeur ; cela nous permet d’offrir une expérience plus intime aux spectateurs en insistant sur le rapport de proximité. Quand à notre programmation, vous le verrez, elle est particulièrement riche et diversifiée. »

Points forts

 

Benoît Lagrandeur précise que l’on a laissé tomber, faute de moyens, la production à grand déploiement qui attirait beaucoup de monde au festival… mais qu’une foule de spectacles gratuits seront présentés comme à l’habitude sur le site de la rivière aux Sables et un peu partout dans les différents endroits qui accueillent le festival dans la grande agglomération de Saguenay. Les sentiers du mont Jacob par exemple, qui abrite les locaux de La Rubrique dans le quartier de Jonquière, accueilleront un déambulatoire gratuit (Cache-cache marionnettes) alors que La Rubrique promène déjà dans toute la région son spectacle Kermess « une sorte de spectacle-sensibilisation à la marionnette », dit Lagrandeur —, qui sera présenté au parc de la Rivière-aux-Sables du 24 au 26 juillet.

Les familles voudront visiter ce fameux parc de la Rivière-aux-Sables et sa place Nikitoutagan, puisqu’on y présentera une foule de spectacles gratuits pour les enfants de tous âges offerts par Tenon Mortaise (Rapaces ou victimes), Les Pas sortables (Les vieillards et la mer), la compagnie française Drolatic Industry (L’enfer du décor, La mort en cage), Émilie Racine (Les mariés corbeaux) et plusieurs autres. On aura avantage à vérifier la programmation, puisque quelques productions présentées dans le secteur (Le guichet des anonymes, Golden gala) ne sont pas gratuites.

Ailleurs, en salle, le choix est vaste, mais signalons quelques spectacles incontournables. D’abord, une production de la compagnie espagnole Pelmanec, Diagnostic : Hamlet, en version française pour les ados dès 16 ans. Des présences doubles (et même triples !) : celle de la compagnie Motus avec le tout nouveau Méphisto Méliès (14 ans), produit avec Pupulus mordicus, et le très beau Élisapie et les aurores boréales (2 à 7 ans) ; de la Tortue noire avec son Petit cercle de craie (dès 12 ans) adapté de Brecht et une coproduction avec des Mexicains, Memento mori (16 ans) ; de Belzébrute avec Mr P et Monsieur qui ? et enfin de Drolatic Industry avec un troisième spectacle pour les enfants dès 6 ans, Insensé ?, sans compter des Belges (L’homme content de rien), des Allemands (Ils s’en fichent !), le très beau Conte Arbour de Bouches décousues, l’installation de la prolifique Marcelle Hudon (Le pavillon des immortels heureux), le très évocateur Swift ! de Skappa ! Associés, dont on vous a déjà parlé depuis Méli’Môme, et de nombreux autres que l’espace nous empêche de citer ici.

À tout cela, il faut aussi ajouter un atelier de fabrication de marionnettes de papier à La Pulperie, un autre sur la manipulation des marionnettes géantes animé par la Dame de coeur, bien sûr, des expositions et une série de rencontres professionnelles — dont l’une avec Alice Laloy qui a révolutionné le secteur en Europe — et l’on saisira rapidement que cette 13e édition du FIAMS est tout simplement incontournable !

FIAMS

Du 21 au 26 juillet. Partout dans l’agglomération de Saguenay.



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