L’écrivaine Hélène Monette s’est éteinte

La profonde originalité de l’œuvre d’Hélène Monette a été couronnée en 2009, lorsqu’elle a reçu le Prix du Gouverneur général pour son recueil «Thérèse pour joie et orchestre».
Photo: Lea C La profonde originalité de l’œuvre d’Hélène Monette a été couronnée en 2009, lorsqu’elle a reçu le Prix du Gouverneur général pour son recueil «Thérèse pour joie et orchestre».

Elle parlait du « chaos qui met au monde le soleil », dans son livre Unless, paru en 1995. Puis, l’an dernier, dans Où irez-vous armés de chiffres ?, elle parlait des « coulisses de la Mort, où l’humanité disparaît ».

La romancière et poétesse Hélène Monette est morte jeudi dernier, d’un cancer du poumon qui la rongeait depuis au moins 18 mois. Rebelle et incisive, Hélène Monette avait publié un premier recueil de poésie, Passion-poésie manifeste, en 1982.

La profonde originalité de son oeuvre a été couronnée en 2009, lorsqu’elle a reçu le Prix du Gouverneur général pour son recueil Thérèse pour joie et orchestre, qu’Hélène Monette avait écrit en hommage à sa soeur, décédée elle aussi du cancer en 2005.

Le directeur général de l’UNEQ, Francis Farley Chevrier, qui connaissait l’écrivain depuis de nombreuses années, insiste sur l’originalité de l’oeuvre d’Hélène Monette, qui jouait sur différents registres, capable de manier l’humour avec beaucoup d’ironie, mais aussi la tendresse.

Son dernier livre, Où irez-vous armés de chiffres ? s’attaquait cependant à la langue de bois et à l’époque de l’hypercommunication sans chaleur, sans véritable partage, sans humanité.

« Je ne choisis pas ce sur quoi j’écris, disait-elle alors au Devoir. Si je choisissais, j’écrirais du roman historique et je gagnerais honorablement ma vie. Je reçois la violence sociale et j’en reparle. Ça me rentre dedans, ça m’indigne, ça m’émeut, ça me traverse, ça fait partie de ma vie. On ne parle que de ce qu’on connaît ou de ce qui nous bouleverse. »

Hélène Monette laisse dans le deuil, outre ses lecteurs, sa fille Lili Monette-Crépô. Selon sa volonté, il n’y aura pas d’obsèques. Mais ses proches organiseront sous peu une soirée de lecture en son honneur avec les Éditions du Boréal. La date demeure à déterminer.

Lucie Joubert a étudié « la comédie, grinçante, de l’amour » chez Hélène Monette, notamment dans le recueil de nouvelles Crimes et chatouillements.

« Dans les récits de Monette, tout est toujours à refaire, écrit-elle dans La comédie de l’amour, Actes du colloque du CORHUM en 2005. Peu fiables, frileux et instables, les amoureux qu’elle met en scène ont tôt fait de se gâcher mutuellement l’existence ». Dans le texte Un gars, une fille, de Crimes et chatouillements, Monette pose ainsi l’iniquité des sexes : « Un gars consolé vaut mieux qu’un gars qui pleure. Une fille qui pleure va ailleurs […] Un gars parle, une fille fabule. Un gars s’exprime, une fille rush. Un gars discute, une fille se tait. Un gars prend la porte. Une fille prend froid. »

Pour Hélène Girard, qui fut son éditrice, d’abord chez XYZ, puis aux Éditions du Boréal, Hélène Monette avait une place à part dans le paysage littéraire québécois. C’était aussi une excellente lectrice de ses textes en public. « C’était une performeuse », dit-elle.

Très proche de l’auteur depuis une vingtaine d’années, l’écrivain Stanley Péan relève l’extrême sensibilité d’Hélène Monette, son indignation devant les injustices sociales de toutes sortes, même si elle ne « faisait pas des livres à thèse ». « J’appréciais énormément son extrême maîtrise de la langue, qui lui permettait de naviguer entre plusieurs niveaux de langage, du plus pointu au plus populaire, avec un naturel désarmant », dit-il. « Dans Thérèse pour joie et orchestre, la poète fait de sa soeur emportée une bienheureuse dont l’esprit flotte désormais au-dessus des êtres et des choses », écrivait le jury du Prix du Gouverneur général. C’est toute la félicité que l’on souhaite à Hélène Monette aujourd’hui.