Tout, tout, tout sur le sexe et le genre

Tout, tout, tout, vous saurez tout sur le sexe, le genre, et les différents traits par lesquels on conçoit la différence sexuelle. La détermination biologique du sexe, les hormones (ah ! les hormones !), le cerveau, le squelette, la voix, la psychologie, etc. Dans Mon corps a-t-il un sexe ?, il n’est pas question de nier qu’il existe des femelles et des mâles, plutôt de faire le point sur l’état des savoirs dans différentes disciplines qui façonnent nos conceptions du sexe et de l’identité. L’ouvrage nous apprend que si des différences entre les hommes et les femmes sont bel et bien perceptibles, dans la majorité des cas — oui, oui, la majorité —, aucune n’est observable de façon nette, même lorsqu’on se penche sur un marqueur que l’on croyait hypersexué comme le bassin pelvien.

Preuve que les conceptions actuelles sont héritées d’un temps où les études scientifiques étaient largement entravées par des préjugés sexistes. Mais puisqu’au fondement du traitement différentiel entre hommes et femmes — et des résistances à l’égalité —, il y a cette croyance toujours dure en une « différence » qui serait fondamentale, il n’est pas inutile de s’intéresser aux travaux en biologie qui renouvellent les connaissances. En l’occurrence, la levée des préjugés change la donne. À titre d’hypothèse remplaçant celle du binarisme, par exemple, la notion de continuum permet de voir que « les différences psychologiques entre les sexes sont minimes, alors que les variations individuelles à l’intérieur des groupes sexuels sont, elles, considérables ». Toutes les études abondent dans le même sens : nulle part une bicatégorisation absolue, plutôt un continuum, voire « des » continuums, tant les systèmes qui nous façonnent sont multiples.

Loin du binaire

Si on ajoute à cela que les différences entre les sexes sont largement amoindries dans les sociétés plus égalitaires, on doit admettre la part du social dans le déploiement de l’identité. En effet, sur de nombreux plans, ce n’est pas la biologie qui détermine le social, mais des facteurs sociaux qui influencent le développement humain. Aussi est-ce la voie de « l’alternaturalisme » qui est privilégiée ici, soit une posture critique qui se propose « “d’humaniser” les sciences biologiques plutôt que de naturaliser les sciences sociales ».

Au terme de la lecture de ce passionnant dialogue entre sciences humaines et biologiques, on retient un mot : variations, avec ce pluriel qui vient supplanter dans nos cerveaux le binarisme auquel toute question liée au sexe était jusqu’ici réduite. Alors que la science nous dit que contrairement à ce qu’on a toujours cru, rien n’est simple en matière d’identité sexuelle, ce qui apparaît complexe — intersexuation, transidentité, orientation sexuelle — est générateur de craintes insensées dans la population. D’où l’importance de mettre à jour nos connaissances.

À coup sûr, il s’agit du panorama le plus complet sur la question à l’heure actuelle, même si l’on sait qu’elle ne taira pas toutes les objections. Mais… dans quel autre domaine la science est-elle aussi contestée, aussi peu reconnue ?

Ces savoirs scientifiques ont des incidences sur nos vies. Pensons à l’opprobre et aux discriminations qui pèsent sur les personnes transgenres et intersexuées, aux disparités économiques entre les hommes et les femmes, quand ce n’est pas aux violences infligées aux personnes intersexuées : dans quel autre domaine intervient-on chirurgicalement sur un corps pour « anticiper la souffrance psychologique présupposée » des proches ? Oui, alors, forcément, la science est politique.

Mon corps a-t-il un sexe ? Sur le genre, dialogues entre biologies et sciences sociales

Collectif sous la direction d’Évelyne Peyre et Joëlle Wiels, La Découverte, Paris, 2015, 300 pages

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