Une nouvelle directive bilingue irrite le milieu du livre

Victor-Lévy Beaulieu
Photo: François Pesant Le Devoir Victor-Lévy Beaulieu

Une nouvelle directive du ministère du Patrimoine canadien exigeant que les éditeurs ajoutent une mention bilingue démontrant le soutien financier du gouvernement fédéral dans leurs publications irrite l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) et suscite la colère de l’auteur et éditeur Victor-Lévy Beaulieu.

Le ministère du Patrimoine canadien indique sur son site Internet que l’affichage d’une « reconnaissance publique de l’aide reçue du gouvernement du Canada est une condition du versement d’une subvention ou d’une contribution ». Il précise que cette mention bilingue peut par exemple inclure un logo du gouvernement du Canada, accompagné de l’expression « Financé par le gouvernement du Canada / Funded by the Governement of Canada ». Elle pouvait auparavant être unilingue.

« L’ANEL est en communication avec les fonctionnaires de Patrimoine canadien depuis plus d’un mois et cherche à savoir ce qui justifie cette nouvelle directive qui ne nous plaît pas plus qu’elle ne semble plaire à nos collègues canadiens-anglais », affirme le directeur de l’association québécoise, Richard Prieur.

La nouvelle directive oblige en effet les éditeurs francophones à ajouter une mention anglophone, mais aussi les éditeurs anglophones du reste du pays à ajouter une mention francophone.

Idéologie

Furieux, Victor-Lévy Beaulieu a fait parvenir une lettre plus tôt cette semaine à la ministre du Patrimoine canadien, Shelly Glover. « Qu’un gouvernement se livre au chantage afin de parvenir à ses fins, soit le bilinguisme à tout prix, est parfaitement odieux », écrit-il, demandant au passage au milieu québécois du livre et à la ministre québécoise de la Culture, Hélène David, de s’opposer à la nouvelle mesure.

Le président de la maison d’édition Alto, Antoine Tanguay, y voit plutôt une « maladresse administrative » de la part du gouvernement.

« Je trouve ça un peu étrange, mais ça ne me choque pas, dit-il. Est-ce que c’est utile de reconnaître la subvention, oui. Est-ce que c’est nécessaire de le faire dans les deux langues, je ne sais pas. »

Il ajoute que plusieurs autres dossiers mériteraient que le milieu du livre monte aux barricades.

Du côté du ministère du Patrimoine canadien, on explique que la directive découle d’une volonté de normaliser la reconnaissance des ententes de financement d’un océan à l’autre.

4 commentaires
  • Lise Bélanger - Abonnée 19 juin 2015 08 h 18

    Des centaines et plus de subventions sont données au Canada pour toutes sortes d'activités. Doit-on à chaque fois mettre un petit drapeau canadien?

    En simplifiant un peu, on peut dire que par le biais de ses impôts, le Québec paie lui-même ses subventions reçues du gouvernement fédéral.

    Pourquoi imposer cette affichage promotionnel canadien au secteur du livre? Pour rappeler aux québécois que la langue française dépend de la générosité de cet état canadien anglophone et qu'elle n'est qu'une culture assujettie à la bonté volonté canadienne. Sorte de manipulation, désinformation.

    L'inverse, imposer une mention française aux livres dans le pays unilingue anglais qu'est le Canada est ridicule, insultant pour les canadiens français hors Québec qui n'ont aucunement un statut d'égalité au niveau de leur culture et enseignement avec les canadiens anglais. Les canadiens français au Canada sont du folklore des louisiannais. La vie et culture sont en anglais uniquement au Canada.

    Il faut s'opposer à cette incursion de Patrimoine Canada qui n'a de cesse de briser, d'anéantir tout ce qui touche l'autonomie et identité culturelle québécoise.

    Quand en réalité, le Canada a fait un génocide culturel des canadiens-français.

    C'est une insulte, tout simplement. Si le Canada persiste à vouloir indiquer les subventions canadiennes à une culture qu'il enterre de plus en plus, alors les éditeurs devraient ajouter que ces subventions fédérales sont principalement payées par les impôts québécois.

    Ce que nos éditeurs peuvent faire et ce ne sera pas plus ridicule que cette mesure du patrimoine canadien.

    Avec cette mesure, c'est flagrant, seuls les aveugles ou anancéphales n'y verront rien de choquant.

    But ouvert de Patrimoine Canada: détruire et empêcher toute identité québécoise au profit de l'identité canadienne.

    Au Canada, on vous aime gentils, anglicisés et sans histoire, autement dits: insignifiants, inexistants.

    M.Beaulieu, continuer le combat et rap

  • Sylvain Auclair - Abonné 19 juin 2015 10 h 34

    Ne vous inquiétez pas

    L'obligation d'une mention en français va irriter les éditeurs anglophones bien plus qu'on ne le croit. Cette directive aura la vie courte.

  • Lise Bélanger - Abonnée 19 juin 2015 10 h 49

    Assujettir les subventions à la présence du drapeau canadien (mention fédérale) dans les livres relève d'un état totalitaire.

    L'omniprésente publicité canadienne au niveau culturel québécois, quand on sait que le fédéral méprise toute culture française au Canada est tout simplement abberrante.

    Le fédéral ne nous fait pas la charité. Ce sont nos argents mais gérer par des étrangers canadiens qui nous reviennent sous forme de subventions.

    Exiger, obliger la présence de mentionner la contribution canadienne dans les livres est tout simplement innaceptable parce que cela induit en erreur.

    On assujetti la culture québécoise à un gouvernement qui maltraite partout au pays la culture française.

    C'est tout simplement de la propagande telle la propagande chinoise gouvernementale.

  • Yves Corbeil - Inscrit 19 juin 2015 11 h 54

    Un jour on va le faire notre pays

    Et nous n'aurons plus à subir cette oppression constante venant de l'autre moitié made in England de ce pays mal née.