«Livre d’ici» ferme ses livres

Le dernier numéro de «Livre d’ici»
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Le dernier numéro de «Livre d’ici»

Livre d’ici, la revue québécoise des professionnels de l’édition, a annoncé sa fermeture mardi. Le mensuel, pensé et dirigé depuis 1976 par l’ex-journaliste du Devoir Jacques Thériault, doit fermer ses livres, après avoir vu ses subventions fondre comme neige au soleil.

La revue avait déjà réduit sa forme — moins de pages, davantage de communications téléportées sur le bulletin Internet hebdomadaire — il y a quelques années. Mais pour des raisons économiques, elle doit maintenant cesser complètement ses activités. « Non seulement les subventions en provenance du ministère du Patrimoine canadien et du Conseil des arts du Canada ont été revues respectivement à la baisse, mais les revenus publicitaires ne suffisent plus à boucler le budget », a écrit le directeur Jacques Thériault dans le dernier éditorial de la revue papier. Ce serait le retrait total des subventions du Conseil des arts du Canada en 2014 qui aurait sonné le glas, toujours selon M. Thériault.

Chaîne du livre

« Depuis bientôt 38 ans, la revue témoignait chaque mois, puis aussi chaque semaine au moyen du bulletin, des actualités du livre, tout en proposant des analyses de la chaîne de production de l’oeuvre imprimée, et des témoignages ancrés dans la pratique des professionnels du milieu », a indiqué en éditorial du bulletin Internet la rédactrice en chef Catherine Morency.

« Ce qui est dommage, a précisé Mme Morency en entrevue téléphonique au Devoir, c’est cette défection aussi virulente de la part d’Ottawa quant à tout ce qui concerne le livre au Québec. »

À l’origine, Livre d’ici devait assurer le rayonnement et la promotion de la littérature québécoise. L’équipe produit tout d’abord une page d’information et de critiques, acheminée gratuitement, grâce au financement du Conseil des arts du Canada, à quelque « 150 hebdos régionaux, aux libraires, aux éditeurs et à toutes les bibliothèques du Québec », comme le soulignait Louis Lépine dans Lettres québécoises en 2006, lors du 30e anniversaire de l’imprimé. À cette époque, on y trouve des critiques de livres signées Jacques Ferron, Yves Thériault, Marcel Dubé, Yvon Rivard ou Gilles Archambault.

À la radio

De 1977 à 1982, Livres d’ici a également produit des émissions radiophoniques pour les stations régionales. En 1982 naît le mensuel, qui se concentre en 1990 sur l’industrie de l’édition au Canada francophone.

En 1994 paraît le premier Annuaire de l’édition au Québec et au Canada français, outil indispensable aux gens du milieu, qui recense la majorité de ses joueurs (bibliothèques, librairies, diffuseurs, distributeurs, éditeurs).

Le milieu du livre a-t-il absolument besoin de son organe de communication ? Catherine Morency entend explorer les possibilités, voir s’il n’y a pas une autre forme, un autre lieu où pourraient se réunir les professionnels, avec moins de moyens. Le Devoir n’a pas réussi à parler mardi avec Jacques Thériault. À suivre, donc ?