Ripoux inc.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

La police est, par définition, tellement proche du crime et des criminels que la frontière entre le monde des « bons » et celui des « mauvais » est finalement très, très mince. On ne compte plus les histoires d’infiltration d’un côté comme de l’autre, et la liste des flics pourris, sinon celle des romans racontant leurs « exploits », est trop longue pour que l’on puisse la dresser.

N’empêche que Vic Verdier, un flic presque ordinaire du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), se voit lui aussi confronté à cette réalité brutale lorsque sa copine, policière elle aussi, meurt brûlée, menottée au volant de son auto-patrouille.

Qui a commis ce crime horrible ? Et pourquoi ?

Vengeances

Tout cela est vu dès le départ sous le prisme bien particulier d’un psychologue qui travaille avec le Service de police. Le caractère d’imprimerie dans lequel nous est livré ce tout premier chapitre du livre est complètement différent des autres ; ainsi, même le lecteur le plus distrait ne pourra manquer de remarquer la présence du psychologue lorsqu’il reviendra plus tard à quelques reprises durant l’enquête. Vic Verdier sera évidemment l’un de ses « patients » — l’agent de police est profondément affecté, on le devine, par l’assassinat de Mélanie, dont l’agonie tourne en boucle ad nauseam sur les médias sociaux sous #cochonsrôtis —, mais l’on ne saisira qu’à la toute fin l’implication de ce bizarre de personnage. On n’en dira pas plus.

Comme tout le monde donc, Verdier cherche à comprendre ce qui a bien pu se passer et les pistes sont rares. À l’instar de Mélanie, sa blonde sacrifiée, Verdier venait tout juste de passer une série d’examens pour quitter la patrouille et devenir enquêteur. À la seule différence près que Mélanie avait été promue après l’oral et lui recalé. Son orgueil de mâle en a pris pour son rhume, surtout que ses résultats à l’écrit le plaçaient en position encore plus avantageuse que Mélanie. Vic en était même venu à postuler l’existence d’une clique à l’intérieur du SPVM au moment où l’assassinat est survenu. Lorsqu’un deuxième patrouilleur ayant réussi l’examen de passage subit le même horrible sort que Mélanie, l’équilibre mental de Vic Verdier se met à vaciller.

L’histoire se fera de plus en plus complexe, s’égarant même parfois à n’en plus savoir si Verdier raconte tout cela par écrit au psychologue ou si l’on se situe en temps réel. Rajoutez à cela le fait que la partenaire de patrouille de Verdier se laisse dépasser par ses sentiments au moment où l’on comprend que la SS, pour « section spéciale », existe bel et bien et que tout laisse croire que c’est un policier frustré et mentalement dérangé qui commet ces crimes à répétition pour se venger… et bientôt, comme Verdier, on baigne dans la confusion.

Étrangement, cette confusion fait partie du charme de cette histoire de vengeance à volets multiples fort bien menée. Même qu’on en arrive à penser qu’elle est vaillamment entretenue par l’auteur, Vic Verdier (pseudonyme de Simon-Pierre Pouliot). Vic Verdier, qui signait en 2014 un roman se déroulant à Québec en 1919 (L’imprimeur doit mourir, chez le même éditeur)… et qui mettait en vedette un certain Vic Verdier.

Mais qui est donc Vic Verdier ? L’auteur du manuscrit confié au psy du SPVM ? L’auteur de cette série de crimes abominables ? Ou Simon-Pierre Pouliot qui nous mène en bateau durant près de 300 pages avant de dévoiler l’intrigue et de mettre fin au suspens ?

Cochons rôtis

Vic Verdier, éditions XYZ, Montréal, 2015, 291 pages

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