L'engagement de Suzanne Biron

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Il faut souligner l’heureuse initiative du Noroît d’honorer la mémoire de Suzanne Biron, en lui consacrant le premier livre publié dans sa nouvelle collection « Théorie des marées ». Engagée fiévreuse pour la cause des femmes, amoureuse et passionnée de littérature, voilà comment elle nous est présentée, comment la reconnaissent ceux et celles qui ont fréquenté cette maison d’édition au fil des ans. En fait, ce qui compte avant tout dans ce livre, ce sont les textes que Suzanne Biron consent, a posteriori, à publier ici. Forts textes sur sa mort prochaine, mais aussi sur celle de sa mère, écrits à partir d’un rêve où son propre frère la tue à coups de couteau. L’écriture limpide qui parle bellement des belles mains, de celles qui savent dessiner l’émotion d’un corps.

Qui est à douleurse doit de lire ce livre d’une immense tendresse, d’une poésie effleurée, d’un engagement face à l’inéluctable qui ne peut être le fruit que d’une férocement vivante, forcément amoureuse de la vie. Ne souhaitait-elle pas être recenseur de galets ? « Pourquoi vouloir être un recenseur de galets ? Pour rien, totalement pour rien. Voilà la beauté de la chose. » Voilà la beauté de ce livre, celle de donner à lire un engagement total de soi face aux autres et aux mots. « Et le souffle, lui, dans quelle lumière baigne-t-il ? » Dans celle de l’inextinguible soif de survivance.

Ne m’interrompez pas

Suzanne Biron, Le Noroît, Montréal, 2015, 54 pages