Putsch au Festival d’Angoulême?

La ministre française de la Culture, Fleur Pellerin (à gauche), lors d’une visite au Festival d’Angoulême, en février dernier
Photo: Pierre Duffour Agence France-Presse La ministre française de la Culture, Fleur Pellerin (à gauche), lors d’une visite au Festival d’Angoulême, en février dernier

Pour en finir avec des festivaliers pris pour des « porte-monnaie ». Mercredi, un groupe de citoyens, d’amateurs de bande dessinée et d’anciens dirigeants du Festival international de bande dessinée (FIBD) d’Angoulême, événement phare du 9e art en francophonie, ont lancé un appel à la destitution de l’actuel organisateur de cette grand-messe de la bédé, l’entreprise 9ème Art +.

Les Indignés de la bande dessinée d’Angoulême — c’est le nom qu’ils se sont donné — souhaitent insuffler une nouvelle tonalité à ce festival en le rapprochant de la dimension culturelle, artistique, créatrice, ludique, intellectuelle et innovante de la bédé et en l’éloignant un peu de celle de la vente effrénée de bouquins qui réduit le 9e art à sa seule dimension de marchandise, et ses lecteurs à celle de vulgaires consommateurs.

Dans une pétition mise en ligne mercredi, le groupe affirme ne pas vouloir « s’accaparer » l’événement, mais souhaite profiter de la fin du contrat accordé à 9ème Art +, responsable du FIBD depuis huit ans, pour redéfinir les bases et l’esprit de cette rencontre qu’ils qualifient de « déclinante ».

Depuis 40 ans

Ce festival se tient à Angoulême, en France, fin janvier, depuis une quarantaine d’années. Au fil des ans, il a muté passant d’espace de valorisation de la création en bande dessinée à celui d’espace de vente et de transaction. Les Indignés ont jusqu’au 30 juin 2015, date limite pour « dénoncer le contrat », et inciter la Ville et l’État français qui soutiennent l’événement à sortir de cette ornière.

Le groupe, qui se présente comme un « mouvement informel de citoyen et d’acteurs culturels et économiques », est piloté en partie par Yves Poinot, ancien président du FIBD qui a démissionné de son poste en 2005 « pour des raisons personnelles ». L’orientation donnée à l’événement avait à l’époque motivé sa décision.

Ces Indignés comptent également sur l’appui de Jean Mardikian, cofondateur du festival. Ils souhaitent que les « créateurs redeviennent les âmes essentielles de cette manifestation », que les « festivaliers soient considérés comme autre chose que des porte-monnaie », que le « Festival se redonne une vraie ambition éditoriale », se mette à nouveau « à rimer avec chaleur et fantaisie » et puisse même se développer sur la scène internationale. L’actuelle direction du FIBD n’a pas fait de commentaires pour le moment.

La 43e édition du Festival d’Angoulême doit se tenir du 28 au 31 janvier 2016. En 2010, le bédéiste Michel Rabagliati s’y était illustré en devenant le premier Québécois à décrocher un prix — le Prix du public — pour son Paul à Québec (La Pastèque).