Ouvert l’hiver, Sébastien Dulude

Qui aime le froid aimera sans doute Ouvert l’hiver (11 occurrences de ce mot en 60 poèmes) de Sébastien Dulude. Constitués de tercets en vers libres, les poèmes tombent lentement du haut de la page au début, jusqu’au bas à la fin. Ce recueil étale, lancinant, une idée tenace d’effets frigorifiques qui rendent l’âme apeurée devant ce qui risque de la cryogéniser. Claustré dans sa maison, l’auteur imagine un « poème blanc / comme un réfectoire. » Il fait alors entendre sa douce mélancolie : « dessin du vent sur la neige / il me revient : / avoir déjà été enfant bien seul. » Mais de nombreuses scories plombent ce très court livre, comme le spectre des couleurs qui teinte de bleu la neige (9 occurrences), de vert le bois de chauffage, de rose rouge les peaux, sans compter les noir, blanc, bleu, doré et autre olive. Hélas ! Ce n’est pas non plus toujours bien écrit. Je ne suis pas certain de la pertinence linguistique de ces deux vers : « le vent prend ton foulard et le frôle dans mon cou » et « c’est peut-être mon dernier hiver de température. » Retenons aussi des jeux de mots lourdingues comme ce « souffle douleur » qui laisse le poète « figé sur glace ». L’éditeur affirme que « Ouvert l’hiver dessine [d]es images connues de notre imaginaire nordique », et c’est malheureusement trop vrai.

Ouvert l’hiver

Sébastien Dulude, La Peuplade, Chicoutimi, 2015, 80 pages