La peur des pertes d’emploi s’installe chez Renaud-Bray

Mathieu Mercier est conseiller syndical de 13 magasins Renaud-Bray.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Mathieu Mercier est conseiller syndical de 13 magasins Renaud-Bray.

Les employés syndiqués des librairies Renaud-Bray sont inquiets. Une centaine d’emplois leur semble possiblement mis en danger, à cause des magasins qui se dédoublent soudainement par l’acquisition des 14 boutiques Archambault. Comment se fera l’intégration, si elle est avalisée par le Bureau de la concurrence ? Au prix de combien de fermetures de magasins ?

« Jamais je n’ai vu d’acquisition qui ne se soit traduite par une rationalisation, par ce qu’on appelle maintenant une optimisation. Et je n’ai jamais vu une optimisation qui n’entraînait pas de fermetures », a expliqué au Devoir Mathieu Mercier, du Syndicat des employées et employés professionnels et de bureau (SEPB), conseiller syndical de 13 magasins Renaud-Bray.

« J’ai reçu beaucoup d’appels de mes délégués syndicaux, qui cherchent ce que l’acquisition veut dire pour eux et ce que ça va transformer pour les employés. Plusieurs questions se posent, comme dans toute transaction où quelqu’un achète un concurrent, car le concurrent premier des Renaud-Bray, ce ne sont pas les librairies indépendantes, c’était Archambault. Même s’il y a une différenciation entre Archambault et Renaud-Bray, on sait tous qu’ils vendent dans une certaine proportion les mêmes éléments. »

 

Près, si près

« Nos gens sont un peu inquiets, car ils ne savent pas exactement où Renaud-Bray s’en va. Les plans à court, moyen ou long terme de l’entreprise n’ont pas été communiqués aux employés », et rien ne filtre des intentions d’affaires depuis la note de service laconique envoyée aux employés le 19 mai annonçant l’acquisition des Archambault.

« Il y a plusieurs endroits où, en sortant d’un Renaud-Bray, on peut voir un Archambault, illustre le conseiller. Lequel des magasins, dans ces cas de dédoublements, va rester ? On recense une dizaine de succursales où on trouve un Archambault à proximité, à une courte distance de marche. » Nommons à titre d’exemple le Renaud-Bray du Complexe Desjardins, où se situe aussi un Archambault, pas très loin encore du Renaud-Bray de la Place Ville-Marie. Beaucoup de livres offerts dans un espace restreint, en somme.

Quatre des magasins Renaud-Bray à proximité d’Archambault ne sont pas syndiqués (Anjou, Centre Laval, Gatineau, et la nouvelle librairie de Trois-Rivières). Pourraient se retrouver aussi à risque, selon M. Mercier, les magasins de Brossard, Sherbrooke, Anjou, Laval, Gatineau, Galeries de la Capitale, Place Laurier et la toute nouvelle librairie de Trois-Rivières. Plus d’une centaine d’employés, répartis sur ces 13 succursales, voient leur avenir possiblement assombri.

Car l’offre semble souvent être la même dans les deux groupes. Mathieu Mercier estime qu’entre un quart et un tiers de la superficie des Archambault est consacré aux livres, et un quart aux DVD — des marchandises qui se retrouvent aussi chez Renaud-Bray. Le site zik.ca est par contre jugé « non concurrentiel », plutôt « complémentaire » à l’offre développée par le site transactionnel de Renaud-Bray… au contraire du site d’Archambault, qui partage la même plate-bande de ventes de livres en ligne. « C’est une façon intuitive d’évaluer la superficie où l’offre se dédouble potentiellement. »

La façon dont les ventes du site Internet de Renaud-Bray sont comptées inquiétait déjà le conseiller syndical. « Le site cannibalise une partie des ventes des succursales. Il n’y a plus de transferts entre magasins. Si je vais au Renaud-Bray de la rue Fleury pour acheter L’hiver du monde de Ken Follett, par exemple, et qu’il n’y en a pas en stock, on me le commande. Mais la vente de cette commande, même si je paie à Fleury, s’en va dans les revenus du site Internet. De mon point de vue de conseiller syndical, ça devient difficile de tenir un vrai compte des ventes en succursales — et peut-être plus facile de justifier plus tard des fermetures. »


Le disque est mort, vive le disque

« Chez Renaud-Bray, on a vu, au début 2014, l’abolition des postes de disquaires. En réunion patronale, l’employeur disait alors “le disque, c’est mort”. » Ardu donc de comprendre comment Blaise Renaud, président des Renaud-Bray, entendra concilier cette vision des choses, et la conservation annoncée de l’identité d’Archambault.

Pourquoi ne pas attendre la décision du Bureau de la concurrence avant de dire publiquement l’inquiétude des employés syndiqués ? « On trouve qu’il y a trop de “on verra”. On est convaincus qu’il y a un plan. C’est impossible de faire un rachat aussi gros sans stratégie. On aimerait qu’elle soit partagée avec nous. »

C’est au nom des employés des 13 succursales syndiquées avec le SEPB et des employés des « services à la collectivité », qui sont ceux qui font fonctionner le site Web, que parle Mathieu Mercier. Seule la moitié des succursales Renaud-Bray est syndiquée (15 sur les 31 boutiques de la chaîne). Les magasins des Galeries de la Capitale et de Place Laurier, à Québec, sont affiliés à la CSN, les autres à la SEPB. Du côté des Archambault, constat similaire : 5 succursales affiliées au syndicat des travailleurs et travailleuses unis de l’alimentation et du commerce (TUAC) et 2 auprès de la SEPB, sur les 15 points de vente qui forment la chaîne.

Informé par Le Devoir des appréhensions de certains employés, Blaise Renaud a réitéré « ce qui a été dit la semaine dernière, soit que nous entendons maintenir l’opération des succursales Archambault sous une identité propre, différente de celle de Renaud-Bray. Cette différence que nous reconnaissons est tout à fait cohérente avec la poursuite des deux stratégies commerciales distinctes qui existent déjà, en ce qui a trait au “mixte-produit” et à l’environnement que présentent les deux bannières. »


 
3 commentaires
  • Anne-Marie Courville - Abonnée 26 mai 2015 07 h 28

    Méfiez-vous de Renaud...

    Les employés doivent se méfier de Renaud...

  • François Dugal - Inscrit 26 mai 2015 08 h 14

    Concept creux

    "Mixte-produit" : concept creux et sans signification servant à masquer l'incertitude d'un avenir brumeux dans lequel des cadres incompétents vont mettre leur entreprise à genoux.

  • François St-Pierre - Abonné 26 mai 2015 13 h 43

    Et si on préférait les entreprises québécoises?

    Si on cessait d'acheter des livres et des CD chez HMV, Costco ou Walmart, les magasins Renaud-Bray et Archambault demeureraient florissants.