Décarboniser le Québec

Photo: Pétrolia

En 2014, la FTQ-Construction appuya le projet d’oléoduc Énergie Est au nom d’un progrès économique utile aux travailleurs. Dans l’ouvrage collectif Sortir le Québec du pétrole, le plus dérangeant des collaborateurs, Gabriel Nadeau-Dubois, insiste sur la nécessité de résoudre un conflit honteux : le désaccord entre syndicalistes et écologistes. Lutter pour une planète plus juste et plus verte ne devrait-il pas être un indivisible combat ?

Militant-né, Nadeau-Dubois pose la question en osant signaler que, « du côté syndical, on a le sentiment que, pour les écologistes, le sort concret des travailleurs et des travailleuses passe trop souvent après le respect des grands principes environnementaux ». Dans le livre publié sous la direction de l’économiste Ianik Marcil et auquel ont contribué plus de 40 auteurs de milieux très divers, il se demande comment des progressistes éclairés peuvent sortir de ce qui sembleun « dilemme » presque insurmontable.

Marcil affirme pourtant que « penser un monde débarrassé de sa dépendance à cettedrogue dure qu’est le pétrole est possible et nécessaire, voire urgent ». Pour y arriver, le sagace Nadeau-Dubois invite le mouvement syndical et le mouvement écologiste à se redonner une attitude combative afin de mieux s’unir tous les deux.

Antagonistes

 

Depuis les années 1980, sous la pression du néolibéralisme, ils se sont, explique-t-il, « progressivement dépolitisés, se repliant sur la gestion technocratique de problèmes ponctuels ». Qui des deux devraitdonner le ton ? Pour Nadeau-Dubois, la réponse est évidente : « le mouvement syndical est le seul mouvement social ayant les ressources organisationnelles et financières nécessaires » pour éviter le cul-de-sac où mène l’antagonisme entre lutte contre l’inégalité sociale et transition vers l’énergie durable.

Malgré l’attrait hypothétique tant du gisement pétrolier d’Old Harry, situé à la frontière maritime du Québec et de Terre-Neuve, que de celui d’Anticosti, le dramaturge Dominic Champagne, autre collaborateur, rêve, à son tour, « d’un grand mouvement collectif pour décarboniser notre économie ». Il veut que nous agissions « à l’opposé de l’horizon où le Canada nous entraîne ».

L’essayiste Alain Deneault souhaite, lui aussi, que le Québec refuse de devenir le protectorat pétrolier du Canada et de permettre à l’oléoduc de succéder au chemin de fer comme symbole de la Confédération. Enfin, dans un raccourci fulgurant, le géographe poète Jean Morisset approfondit la vision historique du problème. Il soutient que l’esprit affairiste lié aux sables bitumineux albertains risque d’effacer « le Canada ancestral des XVIe et XVIIe siècles et le fonds autochtone dont il procède ».

Sortir le Québec du pétrole serait participer à son progrès écologique autant qu’à sa libération politique.

Il apparaît prioritaire que les fonds d’investissement syndicaux se joignent au mouvement mondial de désinvestissement dans le secteur pétrolier.

Sortir le Québec du pétrole

Collectif sous la direction de Ianik Marcil, Somme toute, Montréal, 2015, 320 pages

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