Un tas de bienfaits…

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David Waltner-Toews se passionne pour les excréments. Vous avez bien lu. Le vétérinaire et épidémiologiste professeur à l’Université de Guelph, en Ontario, est de ceux qui profitent d’un safari en Tanzanie pour examiner les déjections animales et le comportement des insectes recycleurs, ces bousiers qui se nourrissent de ces « mauvaises choses », sens du mot kaká en grec ancien.

Cette matière jugée impure et que l’on n’ose nommer est pourtant essentielle à la vie sur terre, à la fertilisation naturelle des sols et au renouvellement des écosystèmes. Une mise au point s’impose alors aux yeux du scientifique pour changer la perception négative qu’on a tous de l’excrément, « souvent perçu comme une menace pour la santé publique (surtout pour les citadins) ou comme une nuisance olfactive ».

Les risques de contaminations d’origine fécale sont bien réels, que l’on pense au choléra, à l’hépatite A, à la salmonellose, à la diarrhée et aux infections liées à la bactérie E. coli. Mais ce danger vient éclipser une question fondamentale que pose Waltner-Toews : « Pourquoi la merde est-elle devenue un tel problème de santé publique et d’environnement, alors que ce devrait être une source infinie de possibilités écologiques ? » Car si elles sont traitées « de manière à en limiter les dangers (par exemple, par le biais du compost ou de la production de biogaz), les selles de toutes sortes, humaines y compris, peuvent apporter des bienfaits immenses ».

 

Sans préjugés

Pour éviter les ennuis et retirer tous les avantages des matières fécales, ces dernières doivent être recyclées adéquatement, souligne le chercheur. Plusieurs exemples citésmontrent qu’il est non seulement possible, mais souhaitable de rendre utile ce que l’on considère d’ordinaire comme étant nuisible. Les excréments servent comme fertilisant depuis des millénaires, mais l’on sait maintenant que ces « déchets », ressource on ne peut plus renouvelable, ont aussi un potentiel énergétique prometteur. De quoi rivaliser à la fois avec les engrais chimiques et l’exploitation des combustibles fossiles.

Apple et Google auraient actuellement les yeux tournés vers les porcheries de la Caroline du Nord et Bill Gates était très fier de présenter dernièrement son Omni Processor qui transforme les excréments humains en électricité et… en eau potable. Et, oui, un réverbère peut être alimenté à la crotte de chien, comme l’a révélé un projet-pilote dans un parc de Cambridge, au Massachusetts. Pour évoluer dans le bon sens, celui du développement durable, il faut donc être prêt à revoir « notre façon de concevoir la merde ».

Soucieux de la complexité du problème, David Waltner-Toews démontre clairement dans cet essai, à vue de nez intrigant et qui s’avère être étonnamment captivant, l’intérêt d’une réflexion globale sur un sujet aux multiples ramifications. « L’important n’est pas la chose en soi, mais sa fonction, les relations qu’elle représente, les réseaux culturels et écologiques qui lui donnent son sens. Sans cette vision plus large, nous resterons incapables de nous démerder. » Pendant ce temps, les bousiers recycleurs de Tanzanie continuent à croire que les « mauvaises choses » ne sont pas si mauvaises…

Merde… Ce que les excréments nous apprennent sur l’écologie, l’évolution et le développement durable

David Waltner-Toews, traduit de l’anglais par Laurent Bury, Piranha, Paris, 2015, 256 pages