Le Pigeon: un oiseau rare

Détail d’une œuvre de Mügluck qui illustre le premier numéro de la revue «Le Pigeon»
Photo: L’Hexagone Détail d’une œuvre de Mügluck qui illustre le premier numéro de la revue «Le Pigeon»

Une nouvelle revue de création, en papier, vraiment ? Bonjour la témérité ! Inspiré par le manifeste Pour une littérature-monde en français, signé en 2007 par un prestigieux aréopage d’écrivains francophones, Le Pigeon prend son envol aux éditions de l’Hexagone. « Le décloisonnement des littératures, s’il ne doit pas abolir du même coup la question du territoire dans la pratique de l’écriture, est pour nous essentiel », soulignent en édito la rédactrice en chef Mélikah Abdelmoumen, qui vit désormais en France, et l’éditrice du Québec Annie Goulet.

Ce dialogue entre toutes les littératures francophones qu’elles appellent de leurs voeux ne pouvait faire l’économie d’un support physique. « Il est en quelque sorte la preuve tangible que cette communauté peut exister », expliquent-elles par courriel au sujet du semestriel, qui sera distribué en Amérique du Nord, eu Europe et en Afrique.

Difficile cependant de ne pas sourciller en entendant Dany Laferrière, le parrain de la revue, dire dans l’entretien lourd de poncifs inaugurant ce premier numéro qu’il « serait intéressant de fermer les yeux sur cette question du territoire et d’aller chercher ce que d’autres revues ne font pas : tenter de prendre le pouls d’une époque en rassemblant les gens autour d’un thème ». N’est-ce pas précisément le modus operandi de la majorité des revues en kiosque ?

Cohésion

Malgré sa mission un brin alambiquée, Le Pigeon démontre dans son premier numéro — c’est le plus important — un imaginatif sens du casting. Évoquons, entre autres, les contributions sur le thème « Lendemain » de Patrice Lessard, dans un anxiogène suspense déconstruit, de Claire Legendre, toujours aussi habile pour nommer l’angoisse du quotidien, et de Roger Des Roches, dans un des deux textes en vers du numéro. La Tunisienne Iman Bassalah, le Belge Nicolas Ancion, le Français Mathieu Picard et le Béninois (maintenant établi au Canada) Ryad Assani-Razaki représentent les francophonies hors de l’Amérique.

Soulagement : aucun de ces textes ne semble avoir été arraché à un fond de tiroir. Et si cette palpable cohésion d’ensemble était à porter au compte d’un précieux travail d’édition, cette étape d’émondage qui semble si souvent faire défaut à la concurrence ?

Dans une nouvelle douce-amère, Éric Plamondon laisse tomber le rideau sur l’espoir fragile de deux amoureux qui foncent vers le couchant, malgré les cahots qu’ils appréhendent. Il s’agit sans doute de la meilleure posture à adopter face à l’avenir de la revue de création papier.

Le Pigeon – Numéro 1

Collectif L’Hexagone, Montréal, 2015, 80 pages