D’une main sauvage, Virginie Beauregard D.

En lice pour le prix Émile-Nelligan 2015, qui sera remis le 4 mai, auprès de Natasha Kanapé Fontaine (voir la vitrine ci-dessous) et Roxane Desjardins, Virginie Beauregard D. inscrit sa quête d’existence dans une poésie faite d’à-coups, de regards suspendus et inquiets, au fil d’un temps qu’elle n’a de cesse de cerner. Les lieux, quels qu’ils soient, y sont le terreau de ce questionnement hoqueté. On devine une aquarelliste penchée sur l’éphémère passage du vent, de la nuit, des mouvements de l’air ambiant. Tout à coup, « il naît de l’aube », pendant qu’elle est là « à regarder dormir / les heures et l’enfant // sans savoir / pour qui s’élancent / les arbres. » Dichotomie, sous cette apparente douceur se love une sourde colère. « Je ne tirerai pas sur le ciel aujourd’hui / au pire / peut-être / un peu / pour faire peur », avoue-t-elle. En fait, pour la poète, le moindre geste, le moindre regard est surdimensionné, élabore quelque catastrophe dans le continuum létal des heures : « Je me coince la paupière / dans le rideau de ta chambre // l’oeil brisé / sur une fibre de couleur », « je regarde le monde / se transformer en lac / de sueur héréditaire ». Vivre alors de ces riens d’être qui permettent de souffler, d’errer à travers la ville, les pensées lapidaires aidant à circonscrire des saynètes aux curiosités vagues. On accompagne la poète dans une sorte de dilettantisme singulier qui met en images des émotions fragiles et belles. Alors qu’« un chien mange des guenilles d’oiseaux », « les minutes // ressemblent // à des insectes / écrasés ».

D’une main sauvage

Virginie Beauregard D., L’écrou, Montréal, 2014, 132 pages