Forêt contraire, Hélène Frédérick

Clin d’oeil à Réjean Ducharme, retour à l’immanence maternelle, plongée dans les sensations délicieuses, douloureuses, vicieuses de l’amnésie. Forêt contraire imagine l’histoire d’une Québécoise, déçue d’un long séjour en France, qui se replonge dans la forêt originelle et matricielle d’Inverness. Le prétexte ? Fuir des dettes et faire face à la plus importante, celle qui fonde l’identité : le tatouage social et psychique. Elle affronte donc la nature, la famille, les voisins, la culture. « Elle, ce moi du passé », raconte et crache. Vomit son trop-plein d’identité, devenant volcan en pleine forêt. Sa révolte est politique : elle naît dans le refus d’être dominée. Là s’élance la parole pleine, la « sensorialité », les effets ducharmiens de la réalité. Et de cette grande richesse symbolique surgit Lukas Bauer, un intellectuel allemand, venu d’ailleurs à Montréal éclairer la violence latente. Il se passe quelque chose qui met le personnage en mouvement. La volonté d’un avenir. Ce beau roman décloisonne les frontières et propose des voies de traverse à ce qui, pris dans l’isolement, restera une réponse violente aux diktats financiers devenus prisons. Énergique, reflétant bien les inquiétudes actuelles, inscrites d’ici dans un monde qui réfléchit.

Forêt contraire

Hélène Frédérick Héliotrope Montréal, 2015, 163 pages