12,7 millions pour le milieu du livre

Les libraires indépendants voient cette annonce comme une bouffée d’air frais.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Les libraires indépendants voient cette annonce comme une bouffée d’air frais.

Fermetures de librairies indépendantes, accroissement du nombre de publications alors que baissent les ventes : cela faisait plusieurs mois, voire années, que le milieu du livre criait à l’aide. Québec a entendu l’appel, en témoigne un Plan d’action sur le livre — Le livre, au coeur de notre culture — dévoilé par la ministre de la Culture Hélène David auquel les différentes associations concernées ont bien réagi. Au total, douze mesures dites « structurantes » seront financées à hauteur de 12,7 millions de dollars sur deux ans.

De cette somme, 10,7 millions représentent de nouveaux investissements. À cela s’ajoute une aide fiscale d’environ 10 millions par année, fruit du crédit d’impôt pour l’édition de livres récemment ramené dans le budget d’austérité qui, de manière notable, a épargné la culture.

La stratégie repose sur deux axes : « favoriser l’accès au livre et mettre en valeur l’édition québécoise » et « optimiser la performance des librairies agréées du Québec ». Le premier se décline en cinq mesures (7 millions) tandis que le second est constitué de sept (5,7 millions) : « promouvoir les librairies agréées du Québec et la littérature québécoise », « soutenir les projets avant-gardistes et innovants en vue d’améliorer l’offre numérique des librairies agréées du Québec », « doter les librairies agréées du Québec d’outils de mesure visant à améliorer leur performance », entre autres exemples.

« Ce [plan d’action] permettra d’assurer la santé commerciale et culturelle des librairies agréées du Québec, en plus de donner une nouvelle impulsion au secteur du livre », croit Luc Fortin, député de Sherbrooke et adjoint parlementaire d’Hélène David.

Accueil favorable

« Ce qui nous intéresse particulièrement ici, hormis qu’il s’agit d’argent neuf, c’est qu’on parle beaucoup de promotion du livre québécois, relève Richard Prieur, directeur général de l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL). Par ailleurs, après avoir mené la bataille pour le crédit d’impôt, on se réjouit de constater son retour. D’autant qu’on nous a précisé que des aménagements seraient apportés afin d’en faciliter l’accès. Ça veut dire que, si c’est bien fait, les petits éditeurs vont pouvoir s’en prévaloir plus facilement. Auparavant, le processus était tellement lourd qu’il en devenait dissuasif. »

« Ce qui nous rassure également, poursuit M. Prieur, c’est que ces mesures ont été conçues en concertation avec des intervenants du milieu, mais aussi avec un acteur important : Denis Vaugeois, qui s’est engagé à être conseiller lorsque s’engagera la grande réflexion sur la loi 51 sur le livre, dont il est le père. On sent un désir de faire les choses comme il faut de la part de la ministre. »

L’enjeu de la modernisation est en outre très présent, ce qui plaît. « Ce n’est pas sexy, mais une refonte en profondeur des outils informatiques pourrait au contraire être le levier permettant de gagner beaucoup d’efficacité. Parce que aujourd’hui, on a des outils soit désuets, soit inutilisés », confie à cet égard un éditeur préférant garder l’anonymat.

Des mesures concertées

Même son de cloche du côté de l’Association des libraires du Québec (ALQ) et des Librairies indépendantes du Québec (LIQ), qui se sont exprimées d’une seule voix.

« Ces mesures touchent plusieurs aspects fondamentaux, de la promotion aux achats par les institutions en passant par l’accompagnement des libraires, note Katherine Fafard, directrice générale de l’ALQ. On est très satisfait de ce qu’on a entendu. Évidemment, on militait depuis deux ans pour le prix réglementé tout en précisant que ça devait s’accompagner d’une série de mesures. Si les libéraux se sont clairement prononcés contre le prix unique, on a en revanche l’impression que toutes les mesures qu’on avait évoquées ont été entérinées ce matin […]. La seule chose qui me préoccupe, c’est le budget d’acquisition dans les écoles, qui lui dépend du ministère de l’Éducation. J’aimerais que rapidement le ministre Blais réitère l’importance du livre comme Mme David l’a fait ce matin. »

Renaud-Bray dans le viseur ?

Et l’éléphant dans la pièce ? Parmi le lot de mesures proposées, l’une d’elles laisse-t-elle présager une intervention ministérielle dans le litige opposant Renaud-Bray et le distributeur Dimedia ? Il semble que non.

Ceci dit, la plus importante chaîne de librairies du Québec sera directement touchée par l’une d’elles puisqu’elle devra désormais fournir ses chiffres au système Gaspard, dont le mandat est de compiler l’ensemble des données de vente des librairies agréées. Katherine Fafard s’en félicite.

« Les outils Memento et Gaspard seront rendus obligatoires. Renaud-Bray ne donnait pas ses chiffres à Gaspard, ce qui représentait un manque pour l’industrie. Là, on aura enfin un portrait global fiable. »

Ce [plan d’action] permettra d’assurer la santé commerciale et culturelle des librairies agréées du Québec [...] et de la littérature québécoise