La CIA de la vengeance

Une simple synthèse censurée. Mais John R. MacArthur, directeur de Harper’s Magazine, chroniqueur au Devoir, et son assistant Scott Horton y voient, dans leur préface, « l’analyse la plus importante et la plus détaillée qu’une commission sénatoriale ait entreprise en relation avec un programme piloté par la communauté américaine du renseignement ». Budget énorme, armée privée, drones, programme de tortures et d’assassinats y définissent la CIA.

La synthèse du rapport sur le programme de détention et d’interrogatoire de la Central Intelligence Agency (CIA), publiée par la Commission sénatoriale américaine sur le renseignement le 9 décembre 2014, offre, précisent MacArthur et Horton, « une cartographie nuancée du Deep State », c’est-à-dire d’un État secret en apparence démocratique. La recherche d’informations qu’il fait sur toute menace à la sécurité nationale est, selon les deux journalistes, la « plus vaste » de l’histoire.

Elle s’effectue principalement par la CIA, fondée en 1947, dirigée près de Washington et qui dispose d’un budget annuel occulte qui dépasserait 50 milliards. Les excellents préfaciers, bien sûr non officiels, de la synthèse soulignent que « la CIA mène des guerres et collecte le renseignement grâce à une flotte de drones armés », en plus de réaliser « un vaste programme d’assassinats »pour « tuer des centaines d’individus identifiés comme des ennemis », cela « sans invoquer la loi ou les tribunaux ».


Sadiques bienvenus

Ils ajoutent que le président George W. Bush « approuva sciemment la pratique consistant à “faire disparaître” des prisonniers et à les soumettre à des traitements comme la simulation de noyade, jusque-là décrite comme une torture par les États-Unis eux-mêmes ». Le rapport va encore plus loin. Il signale que la CIA, jalouse de son indépendance dans la mission qu’elle se donnait de châtier les ennemis présumés du pays, entravait même le contrôle exercé par la Maison-Blanche.

Il mentionne qu’on a été jusqu’à employer des « techniques d’interrogatoire coercitives » sans l’accord du siège de la CIA. Pas étonnant que le rapport note que l’agence n’a pas exclu de ses rangs les sujets à tendance violente ou sadique. Le choc des attentats du 11 septembre 2001 expliquerait bien des choses. Dans plusieurs cas, la vengeance s’est manifestée au lieu du souci d’informer.

La première conclusion du rapport, mise en évidence par MacArthur et Horton, est brutale : « L’usage par la CIA de techniques d’interrogatoire renforcées a été inefficace pour obtenir des renseignements ou gagner la coopération des détenus. » C’est comme si l’esprit du Far West et celui du djihad causaient le même aveuglément.

La CIA et la torture. Le rapport de la Commission sénatoriale américaine sur les méthodes de détention et d’interrogatoire de la CIA

Traduit de l’anglais par Maxime Berrée, Laurent Bury, Carole Coen, Alexandra Forterre de Monicault et Dominique Haas Édito Montréal, 2015, 592 pages